Vendredi Saint 2 avril 1999 - Célébration de la Passion du Seigneur

Pour apprendre à goûter les vins, on s’entraîne à sentir des essences

Isaïe 52,13-53,12 - Hébreux 4,14-16 ; 5,7-9 - Jean 18,1-19,42
vendredi 2 avril 1999.
 

Pour apprendre à goûter les vins, on s’entraîne à sentir des essences : menthe, miel, mûre ou romarin. Curieusement, le débutant est tout dérouté : il n’identifie même pas les odeurs les plus familières. Mélangés de sensations diverses, avec l’aide de contextes stéréotypés, nous nommons sans nuances des parfums qu’en fait nous connaissons bien mal. La preuve en est que, pour peu qu’ils soient purs, ils défient nos sens grossièrement formés.

Il en va de même pour la justice, l’amour, la vérité, la patience, le mensonge, la trahison, la complicité ou la violence : en tant que notions d’usage courant, nous pensons savoir de quoi il s’agit, mais lorsque nous rencontrons ces réalités à l’état pur, dans la passion du Christ, nous sommes déroutés.

Dans le récit que nous venons d’entendre, dans l’événement dont cette parole témoigne, c’est l’essence de notre humanité et de son histoire qui se présente à nous. Si nous l’écoutons vraiment, nous comprenons combien grossièrement nous usons d’ordinaire des mots de justice et d’amour, de vérité et de fidélité.

Seul celui qui se laisse instruire par le récit de la passion de Jésus commence à affiner son sens de l’essentiel. Seul celui qui se met à l’école de Jésus en mettant en pratique cette parole de sa passion, en prenant, de quelque manière, le chemin de l’amour qui renonce à lui-même, à ses droits, à sa vie et à sa joie, seul celui qui suit le chemin de croix du Christ apprend à apprécier réellement tout ce qui arrive au monde.

Portons notre regard à la lumière de la croix sur tous les événements de la vie de Jésus : nous y reconnaîtrons l’amour et la vérité à l’oeuvre au milieu de nos ténèbres. Sachons apprécier à cette même lumière tous les événements du monde : nous les porterons dans la prière au pied de la croix dans l’espérance du salut.