Dimanche 17 décembre 2006 - 3e dimanche de l’Avent C

Modifier génétiquement les attentes du consommateur, voilà qui serait géant !

Sophonie 3,14-18 - Cantique Isaïe 12 - Philippiens 4,4-7 - Luc 3,10-18
lundi 18 décembre 2006.
 

Pour l’instant, les OGM sont surtout des semences qui assurent un gros rendement. Ce qu’on fait aux plantes, on le fera bientôt aux bêtes. À quand les hommes ? Des humains à gros rendement, qu’en dites vous ? Est-ce cela que vous attendez de l’avenir pour l’humanité ?

Le peuple était en attente, dit l’évangile d’aujourd’hui. De quoi ? Du Messie, visiblement. Autrement dit, de l’homme providentiel qui devait sûrement tout arranger : grâce à lui, à nous la liberté, la sécurité et la prospérité dès demain ! Il y a quelque chose de puéril dans cet espoir toujours déçu et toujours revenant. Décidément, le peuple est enfant, irrémédiablement.

Pourtant, depuis longtemps les prophètes avaient formulé des oracles plus subtils. Sophonie, que nous avons entendu, voit venir le Seigneur Dieu lui-même au milieu de son peuple pour l’arracher aux périls mortels qui le menacent. Isaïe aussi, dans le cantique après la première lecture. Nous l’avons médité dimanche dernier, les scénarios de la fin étaient divers et difficilement compatibles : Dieu allait-il établir un petit reste d’Israël, purifié par les épreuves, dans une gloire impérissable à la faveur d’un formidable dernier combat contre les païens ? Ou bien les païens eux-mêmes auraient-ils part à ce “reste” destiné à demeurer sur la Terre dans la présence lumineuse du Seigneur ? Ou encore l’engloutissement final et mérité de cette création pervertie par le péché serait-il implacable, tout au plus tempéré par le repêchage de quelques opportunistes repentants ? Cette dernière hypothèse semble bien être celle de Jean-Baptiste.

Comment donc Dieu pourrait-il accomplir à la fois toutes ces promesses ? Pourtant, il le doit, puisque c’est lui qui les a faites par la bouche des prophètes. Jésus le Christ, bien sûr, est en personne la clef de l’énigme. En sa passion s’accomplit le grand dernier combat, dans lequel il prend sur lui-même le châtiment destiné aux pécheurs, afin qu’il leur soit fait grâce. Comme dit le pape Benoît, Dieu se retourne en quelque sorte contre lui-même. Dans sa résurrection et par le baptême qui nous donne part à sa Pâque, il réalise le petit Reste purifié destiné à demeurer sur la Terre dans sa lumière de sa présence. C’et ainsi qu’à la fois il se révèle aux nations comme Sauveur de tous et qu’il donne gloire à Israël son peuple. Il est en sa personne la fin du monde et son recommencement, son renouvellement dans la justice et la sainteté de la vérité.

Il s’agit d’une nouvelle genèse pour un monde nouveau d’amour, de joie et de paix. Cette recréation de notre humanité dans la justice et la sainteté est une modification tellement profonde et subtile que les microscopes, fussent-ils cent mille fois plus puissants, ne sauraient jamais la déceler. Et pourtant, elle est visible en la “personne” de l’Église que nous sommes si nous vivons vraiment de la grâce de notre baptême dans l’Esprit Saint et dans le feu. Alors nous devenons une humanité divine pour laquelle Dieu lui-même danse de joie.

Cette nouvelle création grandit au milieu de l’ancienne qui continue d’aller à sa perte, qui poursuit sa course folle vers sa catastrophe. De même, tandis que l’homme extérieur tombe en ruine, l’homme intérieur poursuit sa croissance sainte. Le vieil homme et le nouveau, comme l’ancien monde et la Terre nouvelle, se côtoient et se nouent sans se confondre ni se mélanger. Tout s’accomplit dans la discrétion et la douceur de la paix divine, contre laquelle les fureurs et les prestiges d’ici-bas sont sans force. Noël est ici la suite irrésistible de Pâques.

Voilà ce que nous attendons en Avent, si seulement nous laissons modifier aussi nos attentes, ce qui n’est pas le moins important. Car ce que fait la puissance invincible du Seigneur de l’univers n’est pas ce qui tente les hommes, comme les mirages d’une consommation effrénée ou d’une puissance colossale : ces chemins ne mènent qu’à la corruption et à l’effondrement.

Non, le prodige du Seigneur que toute la terre doit connaître, ce serait plutôt la naissance d’une vie innocente et bienheureuse, comme celle d’un enfant qui serait Fils de Dieu.