Dimanche 24 décembre 2006 - 4e dimanche de l’Avent C

Ne puis-je donner ce qui est à moi ?

Michée 5,1-4 - Psaume 79 - Hébreux 10,5-10 - Luc 1,39-45
dimanche 24 décembre 2006.
 

Ce qui m’appartient, j’en fais ce que je veux, non ? Pas sûr. Ce n’est pas si simple. Un cadeau, par exemple, que quelqu’un vous offre avec beaucoup d’attention, oseriez-vous sur le champ le donner à un autre ? Le donateur se donne dans le don pour demeurer en quelque sorte auprès du destinataire.

Et votre corps pouvez-vous le donner ? De toute façon, vous ne sauriez, vivant, vous en séparer. L’idée de donner son corps prend un sens tout particulier pour une femme. Si elle se donne à un homme, elle envisage aussi de donner la vie à un être qui se formera et se développera en elle. La maternité, c’est un événement considérable, et bien sûr d’abord physiquement. Mais, que ce don de soi, lorsqu’il est fait dans de bonnes conditions et à quelqu’un qui s’en montre digne, est de nature à combler la femme qui l’accomplit !

Nous le voyons dans l’évangile où la rencontre des deux mères bénies que sont Élisabeth et Marie se déroule dans l’exultation la plus pure. Clairement, les fils qu’elles portent et qui sont les plus grands des enfants des hommes les remplissent aussi de toutes leurs grâces inouïes. Cette récompense magnifique de l’offrande qu’elles firent d’elles-mêmes, d’ailleurs, ne sera pas la joie d’un moment seulement : elle leur appartiendra pour toujours, comme nous le reconnaissons bien en appelant Marie “Mère de Dieu” parce qu’elle l’est vraiment depuis lors et à jamais.

Comment a-t-elle pu, simple mortelle, se donner ainsi à son Créateur de manière à devenir pour ainsi dire son égale par sa grâce ? La réponse, vous l’avez entendue dans la deuxième lecture : « En entrant dans le monde, le Christ dit : “Tu n’as pas voulu de sacrifice ni d’offrande, mais tu m’as fait un corps. Alors j’ai dit : Me voici, je viens pour faire ta volonté.” » En ce quatrième dimanche de l’Avent qui se situe cette année juste à la veille de Noël, nous sommes particulièrement bien placés pour entendre ainsi le Fils s’adresser à son Père “au moment” de son incarnation.

Le don que Jésus fait de lui-même à Dieu nous ouvre la possibilité de le suivre sur cette voie qui seule nous libère de l’aliénation de l’homme séparé de son Créateur. Loin de lui, nous pouvons nous croire plus libres et autonomes, alors qu’en fait nous ne savons plus comment coïncider avec nous-mêmes. Nous l’éprouvons durement dans notre corps de faiblesse et de force, de désir et de besoin, de joie et de souffrance, notre corps qui est fait pour se donner mais ne cesse de craindre de se perdre dans l’abandon et l’infidélité, et qui se perd toujours finalement dans la mort.

L’homme ne peut se donner qu’en se recevant du donateur, et c’est ainsi qu’il accomplit la réception de lui-même pour s’établir dans l’être au-delà des vicissitudes du temps.

En offrant à Dieu ce corps qu’il reçoit de lui, loin de s’en défaire à jamais, le Fils entre en pleine possession de ce don. Tel est aussi le cas de Marie, sa mère, qui accomplit son don avant son enfant dans notre temps, mais après lui dans l’ordre de la grâce.

Quant à nous, venant après Jésus comme après Marie, nous n’avons plus qu’à suivre le chemin qu’ils nous ont ouvert pour notre joie éternelle avec eux. L’expérience chrétienne du salut en sa profondeur extrême est que “je suis”, que j’éprouve que je suis vraiment, quand il m’est donné de m’offrir à Dieu avec le Christ