Jeudi Saint 17 avril 2003 - La Cène du Seigneur

Pour quoi faire, ces pots d’adieu ?

Exode 12,1-8.11-14 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
mardi 22 avril 2003.
 

Pour quoi faire, ces pots d’adieu ?

C’est toujours un genre difficile de fêter quelqu’un qui s’en va. Un départ à la retraire tourne souvent à l’enterrement de première classe. Si, au contraire, l’intéressé part pour de plus hautes fonctions, on a l’impression que c’est lui qui nous laisse tomber. Mais quand c’est pour de plus basses, tout le monde est embarrassé ! Alors, dans tous les cas, on le couvre de cadeaux et de discours. Des discours sur le passé, bien, sûr, qui fut si drôle et si glorieux. Et des cadeaux souvenirs.

Jésus s’en va, c’est son repas d’adieu. Mais c’est lui qui fait les discours, et même les cadeaux ! Et tout ce qu’il dit ou fait est tourné vers l’avenir. On dirait qu’il se croit en train d’arriver.

Et c’est exactement ce qui se passe.

Dans peu de temps, en effet, il touche au but. Il passe de ce monde à son Père. C’est pourquoi, justement, il va être présent désormais à ses disciples plus que jamais auparavant, y compris physiquement.

Selon la dernière enquête qui vient de paraître dans la presse, encore plus de la moitié des Français disent croire que Jésus est le Fils de Dieu, et presque autant qu’il est ressuscité. Mais pour ce qui est de la résurrection du corps, il ne sont plus que quatre pour cent !

Or, frères, la résurrection de Jésus, si elle n’est pas de son corps, ne veut rien dire. Il n’y a de foi chrétienne qu’en la résurrection du corps de Jésus Christ. Et une prétendue messe sans cette foi n’est pas l’Eucharistie, mémoire vivante de la Pâque de Jésus, rendu présent au milieu de nous.

Il s’agit de rencontrer Jésus Christ physiquement, lui qui est mort et ressuscité, et monté aux cieux à la droite de Dieu. Alors il fait de nous son corps. Lui qui est le prêtre éternel, il met dans le corps les prêtres qui tiennent sa place de Tête, et il donne à tout le corps le sacerdoce royal.

Il agit ainsi envers nous afin que notre présence dans le monde soit réellement la sienne.

Il le fait éternellement par sa croix soufferte une fois pour toutes, ce sacrifice qui nous lave de nos péchés.

Le lavement des pieds est signe de cet Amour plus fort que la mort qui nous convertit à lui. La charité chrétienne n’est pas une quelconque bienveillance envers autrui, elle est cet amour qui prend soin de la personne tout entière, à cause de Jésus, dans l’espérance de la résurrection des corps au jour de sa venue dans la gloire.

Si la messe n’a pas fait de nous des "christs", des chrétiens capables de cela dans la foi, si nous ne l’avons pas expérimenté dans notre vie quotidienne, c’est que nous ne nous sommes pas livrés dans son Eucharistie à celui qui s’est livré pour nous, c’est que nous en avons empêché son Esprit Saint.

Alors, ce serait pour rien que Jésus, la veille de sa Passion, a institué ce mémorial du salut ?

Offrons-nous donc, frères, corps et âme dans l’Eucharistie de celui qui s’est offert pour nous à Dieu son Père, et le monde connaîtra qu’ainsi Jésus fait l’Église digne de lui.