Dimanche 21 janvier 2007 - Troisième dimanche

Nous tenons à vous comme à la prunelle de nos yeux

Néhémie 8,1-6.8-10 - Psaume 18 - 1 Corinthiens 12,12-30 - Luc 1,1-4.4,14-21
mardi 23 janvier 2007.
 

"Nous tenons à vous comme à la prunelle de nos yeux." Quel pouvoir d’expression en ces quelques mots ! Ils disent combien sont précieux, fragiles, aimés et couvés ceux à qui ils s’adressent. Qu’ils sont bons à croire si seulement les actes sont à la hauteur des paroles ! Les parents, par exemple, doivent parler à leurs enfants en ces termes ou en d’autres pour leur donner à entendre que tout ce qu’ils font pour eux est voulu par amour, pour leur bonheur et leur épanouissement, car rien ne leur est plus précieux qu’eux. Il est souvent nécessaire de s’expliquer à ce sujet, en particulier quand le bien des enfants exige des interdits ou des réprimandes. Mais, plus généralement, la parole est aussi nécessaire que la nourriture, elle est même la part la plus essentielle des bienfaits que de bons parents ou éducateurs peuvent prodiguer à ceux dont ils prennent soin.

Théophile, cher Théophile, c’est pour toi que j’écris, dit Luc. Ce nom en dit long. Il signifie : “Qui aime Dieu”. Pour aimer Dieu il faut déjà avoir accueilli la Parole, la Bonne nouvelle de son amour pour nous. Toute la Bible, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse, nous révèle ceci : que Dieu nous a aimés, et qu’il nous aime. Ou encore, et c’est la même chose, elle nous révèle Jésus. “Jésus” signifie : “Le Seigneur sauve” ; c’est-à-dire : “Il nous a aimés jusqu’à donner son Fils”. C’est cette parole que Dieu n’a cessé d’adresser à son peuple Israël, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, au livre de Néhémie.

Jésus, vous le savez, n’a rien écrit, sinon une fois quelques traits sur le sable. Mais il a parlé, vraiment. Il est monté souvent au milieu de ses frères, comme l’évangile d’aujourd’hui nous le montre, pour faire la lecture et le commentaire. Il a agi et parlé de manière à révéler aux hommes de son temps l’amour de Dieu et son salut. Mais après un accueil favorable de la part du peuple, la situation s’est retournée, et il a été rejeté jusqu’à la croix. Pourquoi ? Cela reste et restera une profonde énigme, car il n’a vraiment rien fait pour mériter cela. Bien sûr, nous avons des éléments d’explication : l’incompréhension du peuple qui voulait un Messie guerrier, la jalousie des chefs, la trahison de Judas. Mais, au fond, le motif ultime de ce rejet réside dans le mystère du mal qui repousse l’amour de Dieu en connaissance de cause. Ainsi, la parole de vérité se révèle telle aussi quand elle est rejetée.

Toujours est-il que la révélation de l’amour de Dieu ne vient pas pour être rejetée, mais pour être reçue. La victoire du Christ sur la haine dans son sacrifice pascal ouvre les sources de l’Esprit dont l’effusion en abondance retourne de nouveau la situation. Libérés de l’emprise invincible du démon et pardonnés dans l’Esprit Saint, nous pouvons accueillir la bienheureuse révélation de l’amour de Dieu pour nous. Mais quand et comment pouvons-nous savoir que nous l’avons vraiment accueillie, pour de bon et définitivement ?

Nous savons que nous croyons à l’amour de Dieu pour nous lorsque nous tenons aux autres fidèles du Seigneur comme à notre propre vie. Quand nous ressentons effectivement que nous sommes les membres les uns des autres, chacun infiniment précieux et nécessaire pour tout le corps que nous formons ensemble. Alors nous devenons aujourd’hui la parole vivante de Dieu à ce monde, parce que notre unité est celle même de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Alors notre existence fraternelle annonce et explique maintenant à l’humanité que Dieu l’a aimée jusqu’à donner son Fils, et qu’il l’aime d’un amour irréversible. Car il tient à elle comme à son enfant très chéri, comme à la prunelle de ses yeux.