Dimanche 28 janvier 2007 - Quatrième dimanche

Si vous croyez que vous n’avez pas de problèmes de communication, c’est que vous êtes autiste !

Jérémie 1,4-5.17-19 - Psaume 70 - 1 Corinthiens 12,31-13,13 - Luc 4,21-30
samedi 27 janvier 2007.
 

Comprendre et se faire comprendre est l’art le plus délicat et le plus profond du monde. Ceux-là même qui y sont passés maîtres ne cessent pas de devoir dépenser des trésors d’ingéniosité pour s’entretenir avec certains interlocuteurs particulièrement réfractaires. Les finesses de la communication relèvent d’une bonne intelligence de la situation : à qui je parle, qui je suis pour ceux qui m’entendent, ces points doivent toujours rester présents à mon esprit, sinon je risque fort de perdre tôt ou tard mon auditoire.

L’illusion est bien malheureuse du rationaliste qui s’imagine que tout réside dans la formulation correcte d’une intelligence aboutie des choses. Les paroles sont faites pour les personnes et non l’inverse. Le choix des mots, des formules et du ton, l’adaptation aux réactions en cours de discours, tout compte dans l’événement de la parole qui entretient et façonne en permanence la relation. Chacun de nous est transformé par la force des échanges vrais avec ses semblables : nous sommes le résultat de la parole échangée avec autrui depuis le début de notre vie relationnelle. Notre humanité se mesure, en un sens, à notre capacité de converser avec les autres.

Or, voilà que Jésus semble avoir des problèmes de communication. Pourquoi se met-il à indisposer ses auditeurs en déclarant qu’ils vont sûrement lui poser des exigences dont ils se plaindront ensuite qu’elles ne seront pas satisfaites ? Pourquoi citer les affaires de la veuve de Sarepta et du Syrien Naaman, sachant pertinemment qu’il s’agit d’un point extrêmement sensible pour cette assemblée de juifs, puisque lui-même est juif ? Que les bienfaits de Dieu soient refusés au peuple élu et accordés à des étrangers, des ennemis même, rien n’est plus désagréable pour des fils d’Israël ! On dirait bien que Jésus provoque délibérément leur réaction de rejet.

Mais n’oublions pas qui parle, et à qui, lorsque nous entendons cet évangile proclamé ici et maintenant. Il s’agit d’une parole que Dieu nous adresse aujourd’hui. Et, quand Luc écrit son évangile pour “Théophile”, c’est bien à nous qu’il le destine. Il nous montre Jésus d’abord prophète. Et prophète très remarquable, puisque sa parole s’accomplit immédiatement. C’est un procédé qui revient souvent dans son œuvre, en premier lieu lorsqu’il s’agit du Seigneur lui-même, et ensuite au sujet des Apôtres dans les Actes. Ici, le mouvement est particulièrement évident : Jésus annonce à ses auditeurs qu’ils vont le rejeter et c’est bien ce qu’ils font aussitôt. C’est aussi ce qui s’accomplira tout à fait à la dernière Pâque.

Selon Luc, Jésus est d’abord prophète : il annonce le salut de Dieu, rencontre une certaine faveur populaire, se heurte aux puissants et finit par être rejeté. Cette compréhension de la “trajectoire” d’un prophète en Israël, dont Jérémie représentait le type, s’était établie à l’époque du Seigneur. Nous avons entendu dans la première lecture comment Dieu appelle Jérémie « à faire face à tout le pays, aux rois de Juda, à ses chefs, à ses prêtres, et à tout le peuple ». Pourtant, comme Jérémie, pour qui il sera pris par certains d’ailleurs, Jésus annonce les bienfaits et la victoire de Dieu tels que les chante le Psaume 70. S’il devient “prophète de malheur”, c’est bien à cause du refus de Dieu qu’il rencontre chez ceux à qui il est envoyé. Encore prendra-t-il ce malheur sur lui-même afin qu’il soit épargné à ses bourreaux.

C’est alors, sur la croix, qu’il sera prêtre, s’offrant lui-même comme une victime pure à Dieu le Père pour le pardon des péchés de tous. Ressuscité, assis la droite de Dieu, il sera enfin Roi. La royauté du Christ, c’est que nous soyons remplis de l’Esprit saint et rendus ainsi semblables à lui-même pour rayonner sur la terre en son nom en notre temps. Nous sommes le peuple engendré d’En Haut : voilà la communication de Dieu qui est son Fils même, le Verbe éternel.

Le but de la révélation de Jésus parfaitement prophète, prêtre et roi pour le salut du monde, c’est nous : nous qui, en accueillant ensemble la Parole à nous proclamée par l’Église qui scrute fidèlement les Écritures, devenons et formons une lettre de chair dont l’auteur est Dieu. Le corps du Christ né de l’Eucharistie est comme le sacrement du salut : il est le signe et le moyen de l’évangélisation des hommes d’aujourd’hui, c’est-à-dire de leur salut.

Car l’Évangile est le remède, la solution aux problèmes de communication infernaux des hommes coupés d’eux-mêmes, des autres et de Dieu par le péché. Une communauté d’Église digne de ce nom, par la grâce de la foi et de l’Évangile, est déjà pour une part la réalité qui ne passera pas : l’Amour que Dieu est lui-même, Père, Fils et Saint-Esprit.