Dimanche 11 février 2007 - Sixième dimanche - Célébration communautaire du sacrement des malades

Pour bénir les unions, faut-il maudire les séparations ?

Jérémie 17,5-8 - Psaume 1 - 1 Corinthiens 15,12.16-20 - Luc 6,17.20-26
dimanche 11 février 2007.
 

« Je me sens rejetée par l’Église », disent des personnes divorcées. Une mère peut-elle rejeter ses enfants ? Voit-on cela dans l’Évangile ? N’est-il pas Bonne nouvelle de miséricorde ?

Quand même, aujourd’hui nous entendons une parole dure : « Heureux, vous les pauvres, malheureux, vous les riches ! » Il y a de quoi choquer les uns et les autres. C’est vraiment un anti-programme électoral : avec un tel slogan vous avez des chances de faire 0% des voix.

Mais, à qui s’adresse cette parole ? Sûrement pas à des électeurs. Plutôt à des élus. Vous avez entendu le début : Jésus descend de la montagne avec les Douze qu’il vient de choisir et s’arrête dans la plaine devant « un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon. » La Judée et Jérusalem, ce sont les Juifs, par définition. Tyr et Sidon, en revanche, ce sont des païens, des ennemis, même. Jésus prononce alors les Béatitudes “en regardant ses disciples”.

Autrement dit le Seigneur s’adresse à son Église comme le lieu de la réconciliation de l’humanité réalisée de façon typique dans celle “des Juifs et des païens”. Et, cette Église, il l’avertit sévèrement d’avoir à rester fidèle à sa vocation de réunir les hommes par-delà tout mur de haine qui puisse les séparer. En effet, lui-même a “tué la haine dans son corps” en s’offrant sur la croix, en prenant là la place du malheureux et du maudit, rejeté par tous, par les Juifs et par les païens.

Or, de façon plus générale, dans l’humanité la division entre riches et pauvres représente toute séparation intrinsèquement injuste entre ceux qui ont le nécessaire et l’agréable, et ceux qui ne l’ont pas. Si cette division existe, et qu’elle est maintenue avec violence et dureté de cœur par les riches, Dieu prend nettement le parti des pauvres contre les riches. Les précédents prophètes l’ont toujours dit, et Jésus aussi. Et c’est ce qu’il fait définitivement dans la mort du Fils en croix.

Mais il est ressuscité. De son côté ouvert est née l’Église, la fiancée de l’Agneau. De riche qu’il était, le Christ s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté. Et l’unité des fidèles dans la communion de foi et de charité doit donner le signe de la résurrection du Seigneur : là les riches épousent la pauvreté des pauvres afin que tous ensemble rendent grâce pour les biens dont ils sont comblés dans le partage fraternel. Ils deviennent un seul corps heureux “comme un arbre planté près d’un ruisseau qui donne du fruit en tout temps et dont jamais le feuillage ne meurt”. Tel est le signe de l’amour vainqueur de toute haine.

Aujourd’hui les malades sont en tête de notre assemblée. Est-ce pour entendre Jésus nous dire : « Heureux vous les malades, mais malheureux vous les bien-portants, car cela va mal tourner pour vous » ? Non, sans doute. Mais pourquoi ? Parce que, fidèles à la charité du Christ, les bien-portants parmi nous épousent l’épreuve des éprouvés. Et c’est ensemble que nous prions pour les malades parmi nous, et ensemble que nous accueillons la grâce particulière que Dieu veut leur donner, pour eux-mêmes et pour nous tous.

Il faut dénoncer les séparations, les guérir et les réduire, afin de pouvoir bénir Dieu en vérité pour l’union du Christ et de l’Église. Alors Dieu notre Père tout-puissant nous bénit tous ensemble, il comble de toutes manières notre pauvreté de cœur, dans la bienheureuse dépendance matérielle et spirituelle des pauvres du Seigneur.