Dimanche 11 mars 2007 - 3e dimanche de Carême C - Baptême d’Antoinette

Il ramène tout à lui

Exode 3,1-8.10.13-15 - Psaume 102 - 1 Corinthiens 10,1-6.10-12 - Luc 13,1-9
lundi 12 mars 2007.
 

Il ramène tout à lui, et il n’en a jamais assez. Parle-t-on d’une aventure ? Il lui est arrivé la même, en mieux. Évoque-t-on un résultat heureux ? C’est grâce à lui. Un événement fâcheux ? C’est contre lui.

Ce portrait vous rappelle quelqu’un en particulier ? Vous-même, peut-être ? C’est peu probable : on reconnaît toujours les autres dans la caricature, jamais soi-même. Et pourtant ! Pour ce qui est de l’égocentrisme, justement, nous sommes tous plus ou moins atteints.

Regardez les bébés : ils prennent connaissance de chaque chose en la portant à leur bouche. Elle est le goût qu’elle a pour eux. Ainsi commence le petit d’homme, et il n’en aura jamais fini avec ce stade oral. Certes, ceux qui font un enfant apprennent à vivre pour un autre qu’eux. Mais ils sont toujours tentés de ramener aussi leurs petits à eux.

Alors, quel modèle trouverons-nous pour nous éloigner résolument de ce retournement sur nous-mêmes ? Dieu, carrément ? Mais, vous l’avez entendu dans la première lecture tirée du livre de l’Exode, à Moïse qui lui demande son nom, Dieu répond : “Je suis”. Ce n’est pas spécialement décentré comme présentation, tout de même. Vous direz peut-être : c’est l’Ancien-Testament, donc le Père, voyons si le Fils ne nous va pas mieux. Mais Jésus, dans les évangiles, reprend “le Nom” sans hésiter : “égô eimi”, en grec, c’est-à-dire “Moi je suis”, en français.

D’ailleurs, si l’on y regarde de près, on voit que l’évangile d’aujourd’hui ne cesse de parler de Jésus en parlant d’autre chose. Qui est le plus fameux Galiléen massacré par Pilate pendant qu’il offre un sacrifice sinon Jésus sur la croix ? Qui est la “Tour de Siloé”, le gardien du peuple et de la ville sainte, sinon le Messie, “l’Envoyé” de Dieu (Siloé signifie “l’envoyé”), dont la “chute” dans la mort entraîne la mort spirituelle du peuple de la Jérusalem “qui n’a pas reconnu le temps où elle était visitée” ?

Mais le figuier, me direz-vous, pas le figuier, quand même ? Mais si, le figuier aussi. Symbole de l’arbre de vie et de la parole de Dieu, il signifie au mieux le prophète qui, après trois années de prédication, arrive au beau résultat que ses disciples l’abandonnent tandis que son peuple le rejette, chefs en tête. Lui-même dira en sa passion (précisément dans l’évangile de saint Luc qui est aussi le seul à nous rapporter l’épisode d’aujourd’hui) : « Si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du bois sec ? »

Mais, Dieu merci, l’année supplémentaire accordée au figuier, c’est la résurrection du Seigneur et le temps de l’évangélisation, comme une seule année de grâce jusqu’à sa venue dans la gloire. La terre travaillée et “fumée”, c’est notre pauvre humanité pécheresse relevée par le baptême et la conversion qui nous font collaborateurs du Seigneur ressuscité. Car Jésus, qui était dans la condition de Dieu, s’est anéanti lui-même jusqu’à la mort de la croix, c’est pourquoi Dieu l’a exalté.

Ainsi, saint Paul ne ramène pas tout à lui-même, contrairement à une idée reçue, mais bien à Jésus comme on le voit dans la deuxième lecture : le rocher au désert de l’Exode, c’était le Christ ! Et c’est lui qui nous donne ainsi la piste que nous cherchions pour échapper à la malédiction de l’égocentrisme où nous étions enfermés : seul chemin de salut pour nous, tout ramener au Christ, joies, peines, gloires, faiblesses et même le péché et la culpabilité, car, comme nous l’avons chanté avec le psaume 102, « Il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie. »

Telle est la conversion véritable. Sinon, même les efforts héroïques que nous pourrions faire bardés des meilleures intentions, ramenés à nous-mêmes, ne seraient encore que moyens d’autoglorification signant notre refus de Dieu. Au contraire, le baptême dans la mort du Seigneur où “nous revêtons le Christ” et où “nous devenons une création nouvelle”, nous ouvre à une vie baptismale où “ce n’est plus nous qui vivons mais le Christ qui vit en nous”, lui qui est l’espérance du monde.

Oui, frères, grâce à Dieu le Christ Jésus ramène tout à lui pour tout guérir et relever par la grâce de son sacrifice : livrons-nous dès maintenant à lui qui s’est donné pour nous, car ce qui ne se laissera pas sauver par lui sera perdu pour toujours. Et, dans sa Pâque, il ramènera tout ce qu’il aura sauvé - et nous prions pour que rien ne soit perdu - à son Père afin que tous ne fassent plus qu’un dans la louange de son Nom.