Dimanche 18 mars 2007 - 4e dimanche de Carême C - Deuxième scrutin pour les catéchumènes adultes (L’aveugle-né)

Le boulet !

Josué 5,10-12 - Psaume 33 - 2 Corinthiens 5,17-21 (lectures Année C) - Jean 9,1-41 (évangile Année A)
dimanche 18 mars 2007.
 

Il pèse comme un poids mort. Il ne comprend rien et n’est capable d’aucune initiative. Au lieu de tirer la charge avec les autres, il faut que les autres le tirent comme une charge. Tel semble l’aveugle-né de notre évangile. Jésus le trouve “sur son passage” : il bute sur lui comme sur une chose inerte. Il parle de lui avec ses disciples, puis lui inflige un étrange traitement, sans que l’intéressé ait rien demandé ni qu’il réagisse apparemment. Jésus lui commande d’aller se laver, il y va ; il est guéri, et puis voilà. Quand on l’interroge sur la façon dont il a recouvré la vue, il parle de “l’homme qu’on appelle Jésus”, comme s’il ne pouvait que répéter ce que les autres disent, sans s’engager lui-même. Il s’est laissé faire par quelqu’un qu’il ne connaissait pas et qu’il ne cherche pas à connaître, malgré le changement prodigieux que l’inconnu a causé dans sa vie.

Et pourtant, au fil du processus, assez long il est vrai, le ci-devant aveugle va beaucoup progresser. Au terme de son premier interrogatoire par les pharisiens, il peut se prononcer au sujet de Jésus : « C’est un prophète ». Au début du second, il semble régresser : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. » Mais en réalité, c’est déjà une première résistance, puisque les pharisiens viennent de lui déclarer qu’ils savent, eux que c’est un pécheur. Enfin, il en vient à articuler un parfait raisonnement dont il résulte que “cet homme” vient certainement de Dieu. Les pharisiens lui reprochent alors de “leur faire la leçon” ; mais ils auraient mieux fait de l’écouter, cette leçon, car l’aveugle guéri est arrivé à ce beau résultat simplement avec les éléments qu’ils lui ont fournis et sa simplicité de conscience.

Sur ce long chemin de discussion et d’épreuve, le héros du jour semble étrangement seul : personne ne l’accompagne à la piscine, les gens qui le connaissaient s’intéressent évidemment à celui qui l’a guéri plus qu’à lui, ses parents le laissent se débrouiller avec les autorités et pour finir, il est jeté dehors. Quant à Jésus, c’est seulement alors qu’il réapparaît dans le récit dont il s’était comme absenté depuis le début, après avoir envoyé l’aveugle se laver à Siloé.

Or, la révélation du jour, c’est que l’aveugle n’était pas du tout seul. Comment cela ? Il était avec qui ? Pourquoi ? Parce que, comme dit saint Paul : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a fait péché pour nous. » Telle est en effet littéralement en grec la phrase que vous avez entendue dans la deuxième lecture, plus interprétée que traduite : « Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes ». Il est vrai qu’en français, à l’oral, on peut se tromper : dans “il l’a fait péché”, “péché” est un substantif, comme faute, et non un verbe, comme fauter ; n’entendez donc pas : “il l’a fait fauter”, mais : “il l’a fait faute”. Cela dit, cette phrase reste bien mystérieuse.

Or, nous comprenons ce qu’elle signifie quand nous découvrons que l’aveugle n’était pas seul parce que Jésus “absent” était toujours avec lui. En effet, le Fils bien-aimé de Dieu venu dans notre chair et crucifié pour nous s’est fait ainsi irrévocablement le compagnon de tout homme pécheur, proche de lui au point de tout porter de lui, jusqu’à son péché. Depuis la faute de nos premiers parents, en deçà de nos péchés personnels et de ceux de nos géniteurs, notre cœur dur est incapable d’aimer : toujours il retombe à la haine ou à l’indifférence, lorsqu’il est efficacement tenté par le mauvais, notre pauvre cœur de péché. Si le Fils de Dieu n’était venu prendre la chair de ce cœur par compassion infinie, “se faisant péché pour lui”, l’homme ne pourrait même pas vivre. La charge de sa faute serait trop lourde à porter, comme le dit Caïn meurtrier de son frère à son Créateur navré.

Reconnaissez-vous donc dans l’aveugle, chers amis catéchumènes, et ouvrez les yeux sur Jésus : comprenez que le Fils de Dieu vous a accompagnés tout le temps de vos errances. Il s’est attaché à vous définitivement, vous l’avez traîné partout où vous alliez, en tout chemin de péché aussi. Il a subi tout ce que vous viviez de misère ou de mal, sans se faire jamais pesant. Il n’a pas entravé pas le moins du monde la liberté que Dieu vous a laissée, même lorsque vous en avez mal usé. Il s’est laissé traîner par vous, mais vous étiez son boulet, car il a porté le fardeau de vos fautes. Et c’était afin que vous deveniez une créature nouvelle, que vous soyez faits justice de Dieu en lui pour l’éternité.

Dieu a choisi Jacob, notre Père, et lui a dit : Je suis avec toi, je serai avec toi. Il l’a dit à Abraham, il l’a dit à Moïse, il a toujours tenu sa parole. Et quand son fils se plaignait de cette présence, à cause de ses révoltes, le Seigneur lui promit : Je ne serai plus un fardeau pour toi, Israël ! De même, si la présence de Dieu se fait pesante pour vous à cause de votre péché, comprenez en Jésus Christ que c’est lui qui vous a supportés pour que vous soyez libérés du mal et qu’enfin vous connaissiez la joie d’aimer Dieu et votre prochain comme lui pour la Vie.