Dimanche 25 mars 2007 - 5e dimanche de Carême C

Le ciel commence à ras de terre

Isaïe 43,16-21 - Psaume 125(126),1-6 - Philippiens 3,8-14 - Jean 8,1-11
samedi 24 mars 2007.
 

Le ciel commence à ras de terre. Où, sinon, voulez-vous mettre la limite ? À la sortie de l’atmosphère ? Mais les nuages sont dans le ciel. Et les oiseaux y planent aussi. Et l’arbre par-dessus le toit y berce sa palme. Et l’insecte qui s’envole s’y trouve aussitôt que ses petites pattes ont décollé du brin d’herbe qui ployait sous son poids.

C’est pourquoi, quand Jésus se penche pour graver des traits sur le sol, il descend du ciel sur la terre. De même, d’ailleurs, ce matin-là il était descendu du mont des Oliviers dans le Temple pour y enseigner la divine doctrine au peuple. Et voilà que ses ennemis, croyant lui tendre un piège mortel où il allait sûrement tomber, lui offrent une merveilleuse occasion d’illustrer cette doctrine en la mettant en œuvre.

Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse, et qu’il vive. Lui-même l’avait dit depuis longtemps, comme il est écrit au livre du prophète Ézéchiel (18,23). C’est pourquoi nous ne sommes pas surpris de l’attitude de Jésus avec la femme adultère. Et nous devons comprendre aussi que les adversaires de Jésus n’avaient sans doute aucune intention de lapider la femme, car de telles exécutions étaient rarissimes chez les juifs : on trouvait toujours des circonstances atténuantes au coupable pour lui laisser sa chance de se convertir, puisque tel était le désir de Dieu lui-même. Pourtant, ces considérations n’empêchent pas les ennemis de Jésus de vouloir le piéger : il ne pourra se prononcer pour la Loi, ce serait paraître vouloir la mort de la femme ; il se situera donc contre elle, ce qui fera de lui un blasphémateur, passible de mort. Et si leur piège avait marché, ils n’auraient pas hésité à le tuer. D’ailleurs c’est ce qu’ils ont fini par faire.

Précisément, tout indique dans notre texte que la passion et la croix sont proches : du mont des Oliviers au Golgotha il n’y aura bientôt que l’espace d’une nuit et d’un jour. Et nous savons que ce sacrifice à venir est le prix de la miséricorde faite à la femme adultère comme à tout pécheur, et aussi la source de l’Esprit saint qui achève toute sanctification. C’est pourquoi Jésus dit, littéralement selon le grec, à la femme graciée : « Sors, et à partir de maintenant ne pèche plus. » C’est comme s’il disait : « Vis, et désormais ne meurs plus ! » Là s’indique toute la valeur résurrectionnelle du baptême dans lequel nous sommes régénérés de l’eau et de l’Esprit saint pour une vie nouvelle d’enfants de Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité. Ainsi s’accomplit la volonté de Dieu pour le pécheur : qu’il échappe à la mort due au péché par la grâce du baptême dans la mort du Seigneur, et qu’il vive !

Frères, croyez-vous que vous voulez vivre ? En réalité, l’incroyance et le péché sont mort spirituelle et désir de mort. On ne sait qu’on veut bien vivre que quand on désire la sainteté, ce qui arrive justement lorsqu’on se laisse arracher à toute complicité avec la mort par la puissance de la mort et de la passion du Seigneur. Alors on commence à vivre pour de bon.

C’est pourquoi saint Paul, dans la deuxième lecture, nous dit : « Il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort, dans l’espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d’entre les morts. » Ici sont évoqués deux temps de résurrection, semblables mais distincts, car le premier est aussi une période où la mort et la passion du Seigneur sont à l’œuvre pour un travail d’enfantement, et donc aussi parce que le second l’emporte infiniment en gloire sur le premier.

D’ailleurs, l’annonce de ces deux temps de la vocation de ceux que Dieu attire à lui structure tous les textes d’aujourd’hui. Au livre d’Isaïe, le Seigneur promet à Israël d’accomplir bientôt en sa faveur un prodige tellement plus grand que le grand événement de la libération d’Égypte qu’il en effacera jusqu’au souvenir ! De même la résurrection des morts viendra-t-elle recouvrir l’événement pourtant immense de notre baptême dans la mort du Seigneur où nous sommes régénérés. C’est pourquoi le Psaume 125(126), par-delà le retour des exilés entrevu par le prophète, annonce les temps messianiques.

Quant à l’évangile de la femme adultère, il est scandé par les deux abaissements de Jésus pour tracer du doigt des traits sur le sol. Ainsi sont évoqués le temps de l’incarnation, qui commence avec la révélation faite à nos pères et attestée dans l’Ancien Testament, et celui de la Pâque du Serviteur obéissant jusqu’à la mort et exalté dans la gloire pour y entraîner à sa suite la multitude sauvée par son sang, le sang de la Nouvelle Alliance. À ce sacrifice il nous est donné part maintenant pour que nous vivions éternellement dans la sainteté de Dieu.

Nous vivrons pour l’éternité dans le ciel si nous commençons à vivre sur la terre dans la sainteté.