Dimanche 25 mars 2007 - 5e dimanche de Carême C (A)

Se sent-elle bien quand elle est avec lui ?

Isaïe 43,16-21 - Psaume 125(126),1-6 - Philippiens 3,8-14 (lectures Année C) - Jean 11,1-45 (évangile Année A)
dimanche 25 mars 2007.
 

Se sent-elle bien quand elle est avec lui ? Voilà la première question qu’il faut se poser, me disait une dame, quand on se demande si une jeune fille a judicieusement choisi son fiancé. Se sentir bien avec l’autre, ce n’est pas le tout, mais c’est déjà beaucoup. Et serait-il raisonnable d’envisager d’aller plus loin sans cela ?

La perspective du mariage, vu à distance dans la situation des fiançailles, est aussi stimulante qu’instructive. Évidemment, rares sont aujourd’hui les jeunes gens qui vivent de véritables fiançailles : ils pratiquent plutôt le stage ou la période d’essai, selon les usages de la vie professionnelle, et c’est dommage parce que ce n’est pas pareil.

Le rapport des fiançailles au mariage est semblable à celui de la vie, déjà ressuscitée par la foi, des fidèles du Christ ici-bas à ce qu’elle sera dans la plénitude du Royaume advenu par la résurrection des morts. Autrement dit, la vie éternelle est déjà commencée pour ceux qui croient au Christ, mais sous une forme qui attend encore sa pleine réalisation, c’est-à-dire le jour où nous serons semblables au Fils de Dieu parce que nous le verrons tel qu’il est.

Comprenez bien. Les fiançailles n’ont de sens que comme une attente active du mariage, dans une impatience tempérée par les occupations liées aux préparatifs, et la joie qu’on éprouve déjà de partager en amoureux l’attente et la préparation. De même, la vie chrétienne est tout entière tendue vers la venue du Christ et le bonheur promis, mais déjà remplie de joie à préparer cette venue dans le labeur de charité et de conversion où le Christ nous accompagne. C’est pourquoi saint Paul, dans la deuxième lecture, nous dit : « Il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort, dans l’espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d’entre les morts. » Ici sont évoqués deux temps de résurrection semblables mais distincts, car le premier est aussi une période où la mort et la passion du Seigneur sont à l’œuvre pour un travail d’enfantement, et donc parce que le second l’emporte infiniment en gloire sur le premier.

D’ailleurs, l’annonce de ces deux temps de la vocation de ceux que Dieu attire à lui structure tous les textes d’aujourd’hui. Au livre d’Isaïe, le Seigneur promet à Israël d’accomplir bientôt en sa faveur un prodige tellement plus grand que le grand événement de la libération d’Égypte qu’il en effacera jusqu’au souvenir ! De même la résurrection des morts viendra-t-elle recouvrir l’événement pourtant immense de notre baptême dans la mort du Seigneur où nous sommes régénérés. C’est pourquoi le Psaume 125(126), par-delà le retour des exilés entrevu par le prophète, annonce les temps messianiques.

Quant à l’évangile de la résurrection de Lazare, il est tout entier construit autour de l’articulation de ces deux moments de la vie des disciples du Christ. Au centre de l’épisode est la parole de Jésus à Marthe : « Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et croit en moi, ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Mais Marthe n’écoute pas vraiment. Elle répond en utilisant le verbe croire au parfait (autrement dit : “J’ai toujours cru”, plutôt que “Je crois” de la traduction liturgique), coupe court à la conversation et va dire à Marie : « Le Maître est là, il t’appelle ». Or, d’abord Jésus ne lui a rien demandé de tel. Ensuite, l’appellation “Le Maître”, qui nous semble belle, est en réalité bien inférieure aux titres de Seigneur, Messie ou Fils de Dieu : elle désigne en grec un simple enseignant. Enfin, il est écrit, littéralement, que Marthe appelle sa sœur “en silence” et non “tout bas”. Nous pouvons comprendre que “la voix” de Jésus atteint Marie “silencieusement” par le seul retour de Marthe à la maison et que Marie, qui “se lève aussitôt”, figure ici d’avance Lazare en sa résurrection imminente, sa “première” résurrection puisqu’il mourra derechef pour ressusciter au dernier jour. En somme, Marthe croit à la vie éternelle à la fin du monde, mais elle ne voit pas qu’elle est déjà là, devant elle, en la personne de Jésus qu’il s’agit d’accueillir maintenant. Marie, au contraire, se lève dès qu’elle pressent la présence du Seigneur, mais elle retombe bientôt dans les larmes du deuil au lieu de se laisser fortifier dans l’espérance de la vie à venir où elle retrouvera son frère. Et c’est cela qui provoque l’émotion profonde, puis les larmes de Jésus : si Marie elle-même flanche dans la foi, qui donc croira ?

Mes amis que nous préparons au baptême, comprenez que le Seigneur veut vous libérer de toutes vos complicités avec la mort. Vous êtes tentés de fuir la vie présente dans le rêve d’une vie au-delà de celle-ci. Vous risquez aussi, et au contraire, de rechercher la suavité d’une présence consolante sur votre chemin quotidien en oubliant qu’il s’agit de vous convertir pour entrer un jour définitivement dans la vie. Attention ! Laissez le Seigneur démasquer en vous, pour vous les dévoiler et vous en libérer, ces tendances mortifères. Car seule la foi qui anime et transforme notre existence d’ici-bas dans l’attente ardente du monde à venir nous sauve. Et vous aussi, mes frères baptisés, faites attention : telle est la foi de notre baptême, celle que nous devons garder dans son intégrité, à la vie, à la mort !

Ainsi seulement nous connaissons le Seigneur dans son amour pour l’Église, son épouse, et nous serons toujours en elle avec lui.