Jeudi Saint 5 avril 2007 - La Cène du Seigneur

Tableaux d’une exposition

Exode 12,1-8.11-14 - Psaume 115,12-13.15-18 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
vendredi 6 avril 2007.
 

“Tableaux d’une exposition”, Le titre d’une œuvre bien connue de Modest Moussorgski, est suggestif de sa forme : dix morceaux de piano bien distincts qui composent pourtant ensemble un tout significatif et cohérent. Détail peu connu, elle lui fut inspirée réellement par une exposition bien particulière qui l’avait frappé : non pas une série de peintures encadrées, mais les dessins, maquettes et esquisses d’un architecte, Victor Hartmann, dont le nom allemand pourrait se traduire en Français par “l’homme dur” ou “l’homme rude”.

La célébration de ce soir par laquelle nous entrons dans le Triduum pascal, et précisément dans la gravité et la grandeur du Vendredi saint car, jour biblique, il commence la veille au soir - “Il y eut un soir, il y eut un matin” -, cette célébration nous met aussi en présence d’une exposition. Elle ne compte que deux tableaux, et ce sont, en, quelque sorte, la maquette et l’esquisse du projet d’un remarquable architecte.

La Sainte Cène, d’abord, la table où le Seigneur se donne lui-même en nourriture de vie éternelle à ses amis, réalise en petit comité, mais déjà dans sa forme parfaite, la communion fraternelle dans le bonheur de Dieu qui doit se réaliser en grand au jour de sa venue dans la gloire. Le repas de l’Eucharistie est comme la maquette du festin de la fin du monde, festin promis par Dieu à son peuple, et auquel il a l’intention de convier toutes les nations dont il aura enlevé le voile de deuil les couvrant depuis la nuit des temps.

Le lavement des pieds, ensuite, le geste concret et terriblement réaliste par lequel Jésus se manifeste comme celui qui ne recule devant rien pour servir ses frères, est l’esquisse des relations fraternelles qui doivent unir les disciples jusqu’à ce qu’il vienne. L’esquisse, seulement, car si Jésus est lui-même tout entier donné à tous dans le renoncement à soi, ce n’est pas encore le cas de ceux qu’il choisit pourtant pour le représenter désormais.

Le Christ est l’architecte de cette Église pour laquelle il s’apprête à donner sa vie, lui qui a rendu son front “dur comme pierre” pour faire face à la rudesse de ses ennemis, lui qui a pris résolument le chemin de sa passion pour donner naissance au peuple à nouveau créé. Son Église, il la veut maison vivante faite des pierres que nous sommes.

Une construction bien conçue suppose un ordre et une complémentarité des éléments : les Apôtres sont donnés comme fondation à l’Église et le sacerdoce ministériel qui leur est conféré aujourd’hui se transmet aux prêtres. Les autres fidèles ne sont pas moins aimés et estimés pour être ainsi servis : entre nous pas d’envie ni de rivalité, que chacun serve selon la grâce qui lui est impartie et que tous aient lieu de s’en réjouir !

C’est Dieu lui-même qui expose pour nous son Fils livrant son corps et son sang pour notre rédemption et notre résurrection, s’offrant sans limites au service des siens, et cloué au bois de la croix pour le salut des hommes. C’est lui qui expose son Église comme une ville située sur une montagne, comme une lumière pour toutes les nations. Et nous sommes cette Église si nous ne refusons pas de suivre Jésus sur le chemin qu’il nous a montré en le prenant le premier.

Que la liturgie de ces jours très saints ranime en nous la vocation de notre baptême. Que la vue de notre Seigneur Jésus Christ accomplissant son mystère pascal nous inspire une vie de charité mutuelle et de témoignage ardent, comme une symphonie de la sainteté dans tous ses états, comme la musique céleste de l’Esprit souverain, interprétée dans la diversité des charismes associés pour la même mission sur la terre : celle du Fils que Dieu a donné jusqu’à la croix, et qu’il a ressuscité pour notre joie.

Alors, notre paroisse, notre Église diocésaine, notre communauté chrétienne répandue à travers le monde sera offerte à la contemplation des hommes et à leur désir comme le tableau d’une humanité sauvée parce qu’établie dans l’Amour.