Vendredi Saint 6 avril 2007 - Célébration de la Passion du Seigneur

Qui voudrait être le clou d’une telle exposition ?

Isaïe 52,13 à 53,12 - Psaume 30,2.6.12-17.25 - Hébreux 4,14-16 et 5,7-9 - Jean 18,1 à 19,42
samedi 7 avril 2007.
 

Curieusement, alors que le mot clou a nettement pris un sens dépréciatif dans diverses expressions françaises, “le clou du spectacle” en désigne le centre et le sommet. De même, il faut mesurer à quel point la valorisation de la croix par les chrétiens apparaît étrange et singulière au regard de ce qu’elle représentait à l’époque romaine. Les condamnés à cette peine étaient donnés en spectacle horrible et fascinant à toute la population pour que la crainte d’un tel supplice atroce et ignoble la dissuade de se risquer à transgresser la loi. Il fallut plusieurs siècles pour que l’Église en vienne à prendre clairement la croix pour signe de sa foi.

Pourtant, dès les premiers temps les disciples ont perçu, dans la torture et la mise à mort de Jésus, le sacrifice parfait du souverain prêtre s’offrant lui-même à Dieu pour sa gloire. C’est bien, en effet, ce que nous donne à entendre la Passion du Christ selon saint Jean. Mais rappelez-vous aussi comment saint Luc, que nous avons entendu à la messe du dimanche des Rameaux et de la Passion cette année, nous présente un Jésus accomplissant sa Pâque de manière pleinement royale, accompagné dès le temps de ces événements par une foule de disciples.

Ainsi s’instaure au commencement de l’Évangile un clivage radical qui dure encore aujourd’hui entre ceux qui ne voient que la sinistre réalité de souffrance, d’humiliation et de mort, et ceux qui y perçoivent l’action prodigieuse de l’amour invincible de Dieu : ces derniers sont disciples du Christ, les autres non.

Rappelez-vous les dernières années du Pape Jean-Paul II. Il fallait le voir monter les marches qu’un choix malencontreux des lieux lui avait ménagées au milieu d’une célébration, frappant chacune du talon de son bâton pastoral, de rage contre lui-même qui peinait tant à les gravir au prix de tout l’effort de sa volonté. Et nous le regardions émerveillés, ravis de tant de force et de sainteté. Mais les autres, les hommes de ce monde, ne voyaient en lui qu’un vieillard malade accroché abusivement à son pouvoir.

Qui peut croire qu’il ait voulu de lui-même se faire l’objet d’une telle exposition ? N’est-ce pas plutôt le chemin qui lui était donné par le Père, et qu’il a suivi à cause du Christ ? Car lui-même avait vu en la croix de son Seigneur le triomphe de l’amour souverain et cette foi l’engageait à ne pas se refuser à son tour. En vénérant la croix ce soir nous adorons le Fils de Dieu qui a souffert sur le bois pour nous libérer de tout ce qui nous empêche d’aimer jusqu’à donner notre vie avec lui.

Si ce soir Dieu expose son Fils en sa Passion au regard de son Église, c’est pour l’exposer elle-même au milieu du monde afin qu’il voie et qu’il croie. Voulez-vous, frères, devenir les membres véritables du Christ sauveur de ce monde ? C’est notre vocation à l’Amour.