Nuit de Pâques 7/8 avril 2007 - La Résurrection du Seigneur - Baptême de six adultes

« Mon cœur est passé de l’ombre à la lumière »

Genèse 1,1-2,2 - Psaume 103,1-2.5-6.10.12-14.24.35 - Genèse 22,1-18 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Exode 14,15-15,1 - Cantique Exode 15,2-6.10.11.17 - Isaïe 54,5-14 - Psaume 29,3-6.12-13 - Isaïe 55,1-11 - Cantique Isaïe 12,2-6 - Baruch 3,9-15.32-4,4 - Psaume 50,12-15.18-19 - Ézéchiel 36,16-28 - Psaume 18,8-11 - Romains 6,3b-11 - Psaume 117,1-4.16-17.22-23 - Luc 24,1-12
dimanche 8 avril 2007.
 

« Mon cœur est passé de l’ombre à la lumière » : voilà ce que dit ton visage avec évidence, mais c’est comme si tu ne le savais pas. Tu es amoureux, ça saute aux yeux, on voit aussi clairement de qui tu l’es, mais tu refuserais farouchement de l’admettre, en toute bonne foi. Alors on fait semblant de rien, mais on n’en sourit pas moins. Jusqu’au jour où, peut-être, la réalité pourra enfin se révéler clairement à toi...

Au moins un cœur lent à se reconnaître pris a-t-il des chances de se donner un jour pour de bon plus qu’un amadou jetable qui s’enflamme et s’éteint et s’enflamme et s’éteint... Hélas, on marie trop de jeunes gens qui ne se connaissent pas et se déchirent bientôt en se découvrant. Tant d’autres, en revanche, unis par des liens profonds dans un véritable partage de vie ne se marient pas, alors qu’ils le devraient bien.

Pour le baptême des adultes, de même, le risque est grand de le conférer à beaucoup qui ne sont pas prêts et vont disparaître aussitôt dans la nature, tandis que d’autres en grand nombre se tiennent écartés de l’Église, et donc aussi de la source à laquelle ils aspirent pourtant.

Il faut du temps pour que la connaissance de Jésus Christ parvienne à la maturité de la foi dans un cœur d’homme. Voyez les saintes femmes de l’évangile que vous venez d’entendre : dans la version de saint Luc, celle de cette année, il n’y a pour elles aucun signe terrifiant, juste deux hommes aux vêtements éblouissants qui leur rappellent les paroles de Jésus. Et elles se les rappellent. Ces femmes, au témoignage de Luc dans son évangile, ont accompagné Jésus depuis le début de la vie publique jusqu’à la croix, et maintenant jusqu’au tombeau. Elles l’ont écouté de toute leur âme, elles ont médité et gardé sa parole, et c’est pourquoi le signe du tombeau vide prend aussitôt tout son sens pour elles dans la foi de Pâques.

Le même évangéliste développe plus clairement encore ce mouvement dans l’épisode des pèlerins d’Emmaüs : leur cœur devient tout brûlant à l’écoute de Jésus leur expliquant les Écritures, il est pris avant qu’ils ne s’en rendent compte, et leur foi naît parfaite au signe de la fraction du pain tandis que le Seigneur disparaît à leurs yeux.

Et vous, mes amis : avez-vous assez longuement écouté la Parole en Église pour que votre foi puisse naître cette nuit dans la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne ? Je vous ai exhortés, au long des sept premières lectures de la liturgie de la Parole, à l’écouter en laissant Jésus lui-même vous l’expliquer, puisqu’il est vivant auprès de vous. Mais ce grand moment ne pourrait suffire à pallier une négligence habituelle d’une ou deux années : êtes-vous allés à la messe le dimanche régulièrement, au moins ces derniers temps ? Comment, sinon, pourriez-vous envisager sérieusement d’y aller désormais, comme vous le devez si seulement vous savez ce que vous faites en vous présentant ici cette nuit pour recevoir le baptême, la confirmation et l’eucharistie ?

Je vous le dis à vous, mais je le dis à tous, et particulièrement à ceux qui ont été en charge de votre préparation. Comment prenons-nous nos responsabilités ? “Distribuer” les sacrements en se disant « Advienne que pourra ! », c’est ne pas y croire. Je ne veux pas qu’une telle chose arrive dans notre paroisse, dans notre Église. Dieu nous en garde, cette nuit et toujours.

Vous connaissez ces flammes qu’il faut entretenir, pendant un temps en maintenant la pression : si on lâche trop tôt, elles vacillent et s’éteignent. Mais si l’on tient assez longtemps, elles brûleront avec constance tout le temps qu’il faudra. Je vous en prie, mes amis, que cette messe qui sera votre première de baptisés ne soit pas aussi la dernière ! Revenez, je vous en conjure, surtout si vous n’êtes pas venus assez souvent auparavant.

Je vous le redis, frères et sœurs de toute notre assemblée qui entourez ces catéchumènes, au moment où nous allons prier pour eux le Seigneur Jésus de répandre sur eux la grâce de son salut : la foi qui nous est donnée en sa résurrection nous oblige à garder sa parole jusqu’au don de notre vie pour nos frères humains, pour faire d’eux de véritables disciples, partageant avec nous le corps et le sang du Christ dans l’Eucharistie pour partager la vie de l’Église et sa mission universelle.

C’est ainsi que nous ferons passer ce monde en Jésus Christ de l’obscurité glacée du péché à la chaude lumière de l’amour de Dieu.