8 avril 2007 - Jour de Pâques - La Résurrection du Seigneur - Baptême de deux petits enfants

CQFD

Actes 10,34.37-43 - Psaume 117,1-4,16-17,22-23 - Colossiens 3,1-4 - Jean 20,1-9
lundi 9 avril 2007.
 

“Ce Qu’il Fallait Démontrer”, formule familière aux matheux, ne dit sans doute rien aux autres. Posée comme une banderole “Arrivée” au terme de la démonstration, la mention “CQFD” signale qu’on est venu à bout du problème posé au départ, ce qui n’est pas inutile lorsque le chemin était long et compliqué.

Cette discipline sévère semble séparer la population en deux : d’un côté les forts en maths, qui en plus aiment cela, et les nuls de l’autre, à qui ça donne de l’eczéma. Le fait est que, pour bien s’y retrouver, il faut à la fois la force imperturbable et persévérante du bœuf et l’intuition de l’alouette qui prend son vol au matin. Ça fait beaucoup.

Mais les profs les meilleurs sont ceux qui savent justement faire comprendre au nuls que les maths ne sont pas, au fond, une réalité à part, et que chacun en fait à sa manière et à sa mesure. Les cas les plus beaux sont les plus désespérés qui furent un jour enfin réconciliés, pour la plus grande gloire de leur professeur providentiel.

L’évangile d’aujourd’hui ressemble à un problème de maths. Il commence par une question : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis », et il se termine par une sorte de CQFD : « Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Ce “Il fallait” indique la clef de toute l’affaire.

Ce que les disciples n’avaient pas vu jusque-là, jusqu’à l’événement de Pâques, c’est que d’après l’Écriture il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Toute la théologie chrétienne consiste à voir comment Jésus accomplit dans sa personne, de sa conception à sa résurrection et dans les conséquences de sa Pâque, ce qui était annoncé dans l’Ancien Testament. La foi des Apôtres, sur laquelle repose l’Église, suppose l’écoute patiente et obéissante de la parole de Dieu gardée dans un cœur fidèle, et la perception de l’événement de Pâques dans sa fulgurance.

Or, ce n’est pas seulement au commencement que la foi nécessite le travail et l’intuition, le “labourage” patient et rigoureux du texte biblique, et l’inspiration qui fait voir en un éclair. Saint Thomas d’Aquin, que la tradition a appelé le “docteur angélique”, était surnommé “le bœuf” par ses contemporains. Il en avait assurément, outre l’allure, la force ; mais il ne manquait pas pour autant de la grâce de l’alouette. À toute époque l’Église a besoin d’hommes capables ainsi de voir et d’expliquer que l’Écriture annonçait Jésus Christ. En particulier, les pasteurs doivent d’abord à leur peuple cette proclamation en toute clarté.

Mais cela ne dispense pas de l’intelligence de la foi le grand nombre des fidèles, au contraire. Ils doivent écouter les enseignants que Dieu leur donne avec confiance et docilité, mais aussi avec toutes leurs capacités et de toutes leurs forces. Pour être moins spécialistes, ils n’en seront pas plus ignorants de la foi, car l’Esprit saint n’est pas dispensé plus chichement sur les plus petits, vous le savez. C’est pourquoi il arrive souvent que celui qui écoute bien comprenne mieux que celui qui parle excellemment ce qu’il dit lui-même.

De cela, les tout petits à qui nous donnons le baptême sont l’exemple et le modèle. Si seulement leurs parents et parrains, avec tous les fidèles qui les entourent, les portent dans leur prière et leur foi, ils ne seront pas moins remplis d’intelligence, à leur manière et selon leurs capacités. Je le vois à chaque fois, mes frères, avec action de grâce, et nous allons le voir ensemble dans un instant.

Le croyez-vous ? Si nous le croyons, c’est par grâce, avec l’intelligence et l’Esprit saint que Dieu donne à ceux qu’il rassemble en son Fils par la puissance de sa résurrection d’entre les morts. À ceux qui renoncent à l’orgueil de savoir par leurs propres forces est donnée la sagesse divine, et les plus petits rendent plus grande gloire à Dieu quand ils tiennent fermement au corps où se partagent les dons magnifiques, dispensés de diverses façons et par diverses médiations, de la foi, de l’espérance et de l’amour.

Cet ainsi qu’il nous faut montrer au monde qui gémit dans les ténèbres la victoire du Christ