Dimanche 22 avril 2007 - Troisième dimanche de Pâques

Ils espèrent tous un miracle, et certains même deux.

Actes 5,27b-32.40b-41 - Psaume 29,3-6.12-13 - Apocalypse 5,11-14 - Jean 21,1-19
dimanche 22 avril 2007.
 

Chaque candidat rêve d’une grosse surprise. En sa faveur bien sûr. Un grand coup de filet inattendu dans le vivier d’un autre ou dans celui des indécis ferait bien son affaire. En plus, chacun de ceux qui ont vraiment une chance d’aller au bout voudrait bien que, du fait même de son élection éventuelle, son image change complètement dans l’esprit des électeurs : qu’on oublie le candidat partisan et agressif à l’égard de l’autre camp pour ne plus voir en lui que l’aimable président de tous.

Ce qui arrive aujourd’hui à Pierre dans l’évangile est semblable. D’abord un coup de pêche pharamineux, d’autant plus inattendu que la nuit entière fut ingrate. Ensuite, et ce miracle moins remarqué que le premier est plus étonnant encore, voilà qu’en l’espace d’un bref dialogue le renégat notoire est transformé en berger de tous. Ne doutons pas d’ailleurs que son triple reniement, bien qu’effacé par un triple pardon du Seigneur, a dû lui être rappelé en bien des occasions par des mécontents dans la suite de l’histoire.

Jusqu’où peut-on rapprocher ainsi l’actualité de l’élection présidentielle et le choix de Pierre par Jésus pour devenir le pasteur de ses brebis ? Assez loin, sans doute, si l’on veut bien reconnaître que dans l’Église aussi il y a des ambitions, des clans et des luttes pour le pouvoir. Mais ne peut-on voir une différence fondamentale entre les deux situations ? Si, certes, et même elle éclate vivement dans l’épisode des Actes des Apôtres que nous avons entendu en première lecture. « Ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus », dit le texte. Ils viennent d’être fouettés sur ordre du grand conseil. Ce châtiment très douloureux et humiliant devrait les laisser abattus, honteux et terrifiés à d’idée qu’il pourrait leur arriver pire encore s’ils s’obstinaient à annoncer le Seigneur malgré l’interdiction qui vient de leur être ainsi brutalement signifiée. Et l’on nous dit qu’ils sortent de là joyeux et fiers ? C’est tout simplement incroyable.

Ici la question se pose, justement, de savoir si l’on y croit ou si l’on n’y croit pas. L’incrédule n’a pas plus de raisons d’ajouter foi à ces “actes des Apôtres” qu’à la résurrection du Christ. Le croyant, en revanche, comprend tout lorsqu’il reconnaît la puissance du Seigneur ressuscité à l’œuvre en ces hommes semblables à nous, mais remplis de l’Esprit saint donné à ceux qui croient au Fils de Dieu. Ceux-là sont complètement transformés par la participation à la passion du Christ : ils ont vraiment renoncé à eux-mêmes, ils ont fait mourir en eux l’ambition personnelle, le goût du pouvoir et jusqu’à l’amour propre qui nous retient si bien sur le chemin de la fidélité à la mission de l’Église. Ils ont d’autres valeurs, d’autres ambitions, d’autres joies et une autre espérance que les gouvernants de ce monde.

Ce ne sont pas seulement les Apôtres qui doivent ainsi se laisser métamorphoser au point de devenir capables de se sentir « tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus ». Tous les chrétiens qui veulent mériter ce nom sont appelés à cette ardeur et à ce témoignage, chacun à sa manière et à sa mesure. Telles sont la noblesse et la grandeur de notre élection, du choix que Dieu fait de nous au milieu des hommes pour porter son nom.

La conscience d’une telle dignité chrétienne va-t-elle nous pousser à traiter avec mépris les affaires de ce monde, comme l’élection d’aujourd’hui, par exemple ? Certainement pas, au contraire. Sans doute allons-nous en relativiser l’importance. Mais justement parce que nos ambitions et nos désirs ne s’arrêtent pas aux biens d’ici-bas, nous éviterons les excès de certains candidats et de beaucoup d’électeurs que l’attrait du pouvoir ou d’avantages particuliers pousse au fanatisme, au sectarisme et à toutes sortes d’outrances. Et cela ne nous donnera qu’une plus grande considération pour les vrais enjeux de justice et de bien commun.

Qui mieux que nous pourra prendre une juste distance par rapport à l’événement dans la perspective des biens éternels dont les biens terrestres sont le gage et le signe ? Nous devons partager des bonnes choses que le Père tout-puissant nous donne pour promouvoir et goûter la vie ensemble, et rivaliser de générosité dans l’effort pour les produire en abondance en respectant la création dont nous sommes les bergers.

Mais le miracle que l’Église espère pour chaque homme, c’est une conversion du cœur semblable à celle de Pierre, recréé dans l’amour du Seigneur. Et le miracle des miracles, prophétisé au livre de l’Apocalypse comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, sera l’acclamation de tous les êtres de l’univers : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et domination pour les siècles des siècles. »