Dimanche 6 mai 2007 - Cinquième dimanche de Pâques - Baptême et première communion de dix adolescents

Pour un must de chez Must, il faut y mettre le prix.

Actes 14,21b-27 - Psaume 144,8-13 - Apocalypse 21,1-5a - Jean 13,31-33a.34-35
dimanche 6 mai 2007.
 

Un “must” : un objet qu’on est obligé d’avoir, en anglais, d’où l’idée marketing d’excellence dont le client chic ne saurait se passer. Quant à “chose de chez Chose”, cette expression sans doute déjà trop entendue ressortit aussi au registre du marchand de luxe : il s’agit de l’article de marque authentique par opposition aux imitations et contrefaçons, qu’il vaut mieux au demeurant avoir l’esprit de ne pas mépriser. Mais c’est vrai que souvent la qualité de l’original le distingue infailliblement au goût des connaisseurs. Et le coût aussi ! C’est pourquoi, on a beau dire que c’est obligé, encore faut-il pouvoir se l’offrir.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est pareil. Jésus nous donne le commandement, le “must” nouveau de l’amour. Mais pouvons-nous y obéir ? L’amour, c’est le désir le plus profond de l’homme : aimer et être aimé, voilà toute notre soif. Aimer, c’est se donner sans conditions à l’autre et pour l’autre. Sans cesse, pourtant, l’égoïsme fait retour dans l’amour. Voyez les parents avec leurs enfants : ils ont tant de mal à ne pas les retenir pour eux-mêmes. Et l’amour de l’homme et de la femme, quelle histoire ! Or, l’égoïsme, c’est le contraire de l’amour.

Voilà déjà pourquoi aimer fait si mal. Mais ce n’est pas tout. Ceux qui parviennent le mieux à aimer, en dépassant héroïquement leurs intérêts propres, ne souffrent pas moins que les autres, au contraire peut-être. Pourquoi donc l’amour est-il pour nous si lié à la souffrance ? C’est cette question que signifie le péché originel. L’homme, si beau, si grand, si merveilleux et aimable justement par sa vocation à l’amour, est marqué “depuis l’origine” par le mal qui le frappe précisément en son meilleur.

Voilà ce dont nous sauve Jésus. Lui qui n’a pas de péché épouse pourtant notre condition jusqu’à éprouver lui aussi tout à fait notre “malédiction” de la souffrance liée à l’amour. Il a aimé vraiment : son amour était sans retour, même trahi par Judas, même renié par Pierre, même abandonné de tous. Il n’a pas mis de conditions, il n’a pas calculé son intérêt dans l’affaire. Il n’a pas refusé de récolter les injures, les coups, les crachats, la torture et la mort, en réponse à son amour. Belle récompense ! Attention, ce n’est pas parce qu’il n’a pas cherché de récompense qu’il en a été privé, au contraire. Vous avez entendu : « Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire ; et il la lui donnera bientôt. » Il s’agit de la résurrection.

Pourquoi Jésus a-t-il fait tout cela, “lui qui était dans la condition de Dieu” ? Pour nous donner d’aimer comme lui, par la libération du péché. Pour que nous connaissions l’amour de chez Amour. Et c’est par le baptême que nous entrons dans ce régime nouveau et incomparable de ce que cherchent à vivre tous les hommes. Quiconque y a goûté, ne serait-ce qu’un peu et pour un peu de temps, ne peut plus jamais s’y tromper : toutes les imitations et tentatives marquées de contrefaçon que l’homme connaît de l’amour, pour estimables qu’elles soient, sont tellement en dessous de cette participation authentique à l’Original, donnée en privilège aux disciples du Christ !

Mais il faut y mettre le prix. Certes, le Christ seul a versé ”la rançon” de tous les hommes en offrant sa vie sur la croix. Pourtant, si nous sommes baptisés dans sa mort, c’est afin d’avoir part à sa passion ainsi qu’à sa résurrection. Les souffrances ne nous sont pas épargnées, mais elles prennent tout leur sens et toute leur valeur dans le Christ pour la rédemption du monde et de nous-mêmes : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le Royaume de Dieu » disent Paul et Barnabé dans les Actes des Apôtres, vous l’avez entendu en première lecture. Comme Jésus, nous aimerons vraiment quoi qu’il en coûte, c’est-à-dire en nous offrant totalement et sans retour, sans conditions ni calculs, sachant bien que, comme à lui, Dieu nous donnera sa gloire. Autrement, dit, chers amis, ne cherchez pas à savoir ce que vous allez gagner à vous offrir au baptême, laissez-le s’en occuper et vous n’y serez pas perdants : carte blanche au Seigneur pour la récompense !

Déjà par cet amour nous connaissons la joie la plus grande, au-delà de tout désir. Et nous tressaillons de l’espérance “du jour où il n’y aura plus de larmes, plus de mort, plus de cris ni de tristesse”, selon ce qui nous est révélé dans l’Apocalypse de saint Jean. Telle est la foi de l’Église, la foi dans laquelle vous allez être baptisés si seulement vous l’accueillez de tout votre cœur. Alors vous vivrez d’une vie nouvelle, sous le signe de l’Amour et de la liberté, nourrie par l’Eucharistie du Seigneur, lui qui, en donnant son corps et son sang, a payé le prix pour que nous vivions de sa Vie.