Dimanche 13 mai 2007 - Sixième dimanche de Pâques

Qu’est-ce que vous croyez ? Que cela va se faire tout seul ? Par l’opération du Saint-Esprit ?

Actes 15,1-2.22-29 - Psaume 66,2-3.5.7-8 - Apocalypse 21,10-14.22-23 - Jean 14,23-29
dimanche 13 mai 2007.
 

C’est facile de se moquer de ceux qui disent : « Il faudrait, il faudrait... » et qui ne font rien pour, s’ils ne voient pas dans quel sens faire le premier pas, ni de but désirable à atteindre, ni d’où pourrait leur venir la force d’avancer.

C’est pourquoi Jésus, au moment de partir, prévoyant l’abattement prochain de ses disciples à la vue de sa croix, leur “dit toutes ces choses avant qu’elles n’arrivent” : il leur révèle qu’il est lui-même le Chemin, que le Père en est le but désirable et que l’Esprit saint sera leur force. C’est l’objet du chapitre 14 de saint Jean, rythmé par les questions successives de trois disciples. À l’objection de Thomas : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus répond : « Moi je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » Philippe aussitôt exprime son impatience : « Seigneur, montre-nous le Père, cela nous suffit. » Jésus ne le rabroue pas mais indique en quelque sorte que le but accompagne le chemin : « Qui m’a vu a vu le Père. » Enfin, Jude s’interroge : « Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous et non pas au monde ? » Nous en sommes là.

Notre passage évangélique d’aujourd’hui est la réponse de Jésus à Jude. Remarquons que celui que l’habitude nous fait appeler Jude se nomme en fait Judas, exactement comme le traître. Le texte grec le désigne comme “Judas, non pas l’Iscariote”. Retenez cela, mes amis : il y a deux Apôtres qui s’appellent Judas, l’un est le traître et l’autre non. On peut se demander aussi pourquoi notre passage ne commence pas par la question. Sans doute est-ce parce que, à première vue, la réponse semble bien peu en tenir compte !

Jésus promet l’Esprit saint ; il l’avait d’ailleurs déjà promis en réponse à Philippe, comme “l’Esprit de vérité”. Ici, il l’annonce comme celui qui leur “fera souvenir de tout” ce qu’il leur a dit. En effet, le thème principal du discours, de plus en plus affirmé dans notre passage, est celui de la fidélité à la Parole. La traduction rend par “rester fidèle à” ce qui en grec est “garder” au sens le plus concret du terme : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole. »

Ne pas garder la Parole, c’est ne pas l’écouter, l’oublier bien vite ou la laisser se dissiper aux quatre vents des suggestions du monde. La garder, c’est la tenir fermement en soi : dans son cœur, dans son intelligence et de toute sa volonté. Croyez-vous qu’à la renfermer ainsi en nous-mêmes nous risquions de l’étouffer ? Sûrement pas ! Car elle est plus puissante que tout, la Parole. Non, ce qui arrivera si nous la gardons, c’est qu’elle fera son œuvre en nous comme un feu, elle changera notre vie. Qui aime Jésus garde sa parole, et cela le change. Alors il apprend à aimer Jésus ! Il y a là un cercle qui n’est pas un retour à la case départ, mais un cycle moteur qui produit un travail par la puissance de l’Esprit saint. Ainsi nous sommes convertis et sanctifiés, et mis en action pour l’Évangile.

Sans le travail intérieur, il n’y aura pas de travail extérieur. Voyez l’Assemblée de Jérusalem au livre des Actes dans la première lecture (qui saute d’ailleurs les 3/4 du texte si bien qu’on a l’impression d’une inspiration subite alors qu’il s’agit d’un gros travail de délibération !) : les Apôtres et les Anciens ont gardé fidèlement la Parole, ce qui leur permet de décider “avec toute l’Église” de la direction à prendre. Le lourd travail qui a conduit à cette décision, c’est aussi l’Apostolat de Pierre et Jean, de Paul et de ses compagnons, et de tous les autres, avec leurs épreuves et leurs humiliations : ils n’ont pas reculé devant la nécessité de verser sang, sueur et larmes sur le Chemin de Jésus.

Voyez l’ornement que je porte : le Pape Benoît XVI en parlait récemment aux prêtres. Si l’étole, disait-il, est le signe de notre joie d’être prêtre (mon étole est dessous, vous ne la voyez pas mais je peux vous la montrer), l’ornement de la messe est plutôt celui de notre charge. Cela me fait penser à la parole de l’Apôtre : « Comme un vêtement de travail, revêtez l’humilité... » Mais l’ornement que nous portons, vous le voyez, est résolument beau et brillant. C’est parce que, plus l’Église est fidèle dans le sang, la sueur et les larmes, et plus elle apparaît vraiment comme un cadeau du ciel, brillant telle une pierre précieuse de la Lumière même qui est l’Agneau. Cette vision de l’Apocalypse, en effet, n’est pas seulement notre espérance, mais aussi le dévoilement de l’Église dans sa réalité divine lorsqu’elle se laisse constituer humblement par l’Esprit comme le Corps du Christ. Elle n’est pas un songe creux, mais le signe qui suscite les croyants et les met à l’œuvre avec la puissance de l’Esprit saint pour que le Christ ressuscité soit manifesté au monde.