Jeudi 17 mai 2007 - L’Ascension du Seigneur

Une voie nouvelle s’est ouverte

Actes 1,1-11 - Psaume 46,2-6.6-9 - Hébreux 9,24-28 et 10,19-23 - Luc 24,46-53
jeudi 17 mai 2007.
 

Une voie nouvelle s’est ouverte. Beaucoup s’y sont déjà engouffrés. D’autres hésitent sur le bord : va-t-on se perdre ou se trouver de l’autre côté ?

Vous voyez à quoi je fais allusion dans l’actualité récente ? À quelle ouverture ?

Au festival de Cannes ? vous croyez ? Après tout, pourquoi pas : le cinéma n’est-il pas une voie nouvelle de l’art ? Une façon de transporter l’amateur par l’imagination dans une autre vie au-delà de l’écran ?

En tout cas, ce n’est pas de façon imaginaire que Jésus a pénétré « au-delà du rideau du sanctuaire, c’est-à-dire de sa condition humaine ». Pour comprendre la lettre aux Hébreux, il faut avoir à l’esprit le plan du Temple de Jérusalem : une succession de cours en enfilade conduit au “Saint”, lieu du culte habituel, puis au “Saint des saints”, séparé du précédent par un rideau ou “voile”, lieu très sacré de la présence de Dieu où le grand prêtre seul pénétrait, et encore une seule fois par an. Ce que le culte ancien préfigurait, Jésus l’a accompli dans sa Pâque, son passage au Père.

Puisque le rideau qu’il traverse est sa propre humanité, ce franchissement n’est autre que le déchirement de sa mort sur la croix. Par sa résurrection, couronnement de son sacrifice, il parvient au but, il reçoit du Père la gloire qu’il avait au commencement auprès de lui. Et l’Ascension que nous fêtons aujourd’hui signifie que cette même humanité qu’il a offerte jusqu’au déchirement est accueillie en Dieu. Ainsi, cette humanité de Jésus est à la fois l’obstacle (le voile de sa divinité auquel le Verbe a consenti en “s’anéantissant” dans l’Incarnation), le moyen (le corps offert sur la croix pour le sacrifice qui nous obtient le salut) et le but (le lieu qu’il a préparé pour nous en Dieu). La vie chrétienne consiste à prendre résolument la ”voie nouvelle et vivante qu’il a inaugurée” ainsi pour nous.

Ce que je dis n’est pas facile à exprimer, frères, mais il est nécessaire que nous l’entendions et que nous le mettions en pratique. Vous me comprendrez mieux si je donne un exemple, et même des milliers : les saints sont les nombreux qui se sont engouffrés dans la voie nouvelle. Quant à nous, peut-être, nous sommes de ceux qui restent à hésiter sur le bord : va-t-on se perdre ou se trouver de l’autre côté ? Convoquez donc le saint qui vous parle le mieux, appelez-le à la rescousse pour vous aider à franchir le pas ! Que chacun s’engage résolument dans une vie où il s’offrira en sacrifice avec le Christ, sans refuser les souffrances et le déchirement de son humanité, et où il connaîtra sans attendre le goût de la résurrection du Seigneur dans l’infini pouvoir d’aimer qui est le sien et qu’il donne à ceux qui croient en lui.

Sur cette voie nouvelle, le disciple de Jésus dédaigne de poursuivre les buts ordinaires de la vie des hommes qui cherchent les satisfactions matérielles et d’amour propre, choisissant plutôt l’ascèse qui rend libre pour le Seigneur. Loin de lui faire mépriser les besoins du corps et de l’esprit, ce goût des bien d’en haut plutôt que de ceux du monde attise sa compassion active pour tous ses frères humains dont il veut sans cesse alléger les souffrances et promouvoir le développement. Enfin, son espérance pour l’humanité lui fait rejoindre tous les hommes, ceux qui font envie comme ceux qui font pitié, dans une même considération fraternelle. L’équilibre fin et mystérieux de l’ascèse pour lui-même, assortie de la sympathie et de l’estime pour les autres, semble paradoxal aux yeux du monde. Mais il est le signe miraculeux de l’amour de Dieu éclatant au regard de quiconque sait voir l’invisible.

Frères, demandons avec ardeur, soutenus par la prière de la Vierge Marie, de saint Joseph, des Apôtres et de tous les saints, que le torrent d’Amour de l’Esprit saint nous emporte dans la Pâque du Christ, et qu’il nous fasse traverser la mort avec lui pour entrer dans sa Vie