Nuit de Pâques 19/20 avril 2003 - La Résurrection du Seigneur - Baptême d’adultes

Savez-vous vivre ?

Sept lectures de l’Ancien Testament (Gn 1,1-2,2 - Gn22,1-18 - Ex 14,15-15,1 - Is 54,5-14 - Is 55,1-11 - Ba 3,9-15.32-4,4 - Éz 36,16-28) - Romains 6,3-11 - Marc 16,1-8
mercredi 23 avril 2003.
 

Savez-vous vivre ?

Le "savoir-vivre" est la maîtrise d’un code de bonnes manières qui permet de se comporter agréablement dans son milieu.

On dit aussi d’un homme qu’il sait vivre lorsqu’il a le goût, et les moyens, de profiter des bonnes choses de la terre avec d’autres.

Tout cela est bel et bon, mais il est un savoir de la vie plus essentiel.

Je voudrais attirer votre attention sur deux expériences communes qui nous portent à une même remarque capitale.

D’abord, n’avons-nous pas tous connu, plus ou moins, des situations de détresse, accidents imminents, maladies, menaces physiques de toutes sortes, dans lesquelles nous aperçûmes soudain à quel point nous tenions à la vie ?

La deuxième expérience que je voudrais évoquer cette nuit avec vous est celle de la nostalgie ; nos amis portugais la connaissent si bien qu’il lui ont donné un nom propre en plus du nom commun : la saudade.

Le souvenir des bons moments tout simples, comme le café qu’on prenait sur la terrasse, ou ce rayon de soleil qui venait se poser chaque jour à la même heure au coin d’un salon, ce souvenir peut être à la fois délicieux et douloureux au-delà du raisonnable.

Or, ce ne sont pas seulement les bons moments, mais même des situations qui furent sur l’instant plutôt désagréables, angoissantes ou pénibles, qui se retrouvent, recueillies dans la mémoire attendrie, l’objet du vif élan d’attention et de douleur du c ?ur vers le passé qui ne sera plus.

C’est comme si la valeur immense de la vie ne nous apparaissait que quand il est trop tard, comme si le trésor de l’instant ne se découvrait à notre conscience qu’après coup, juste assez pour nous donner, au prix du regret terrible de l’avoir méconnu en son temps, l’écho du goût merveilleux qu’il aurait pu avoir en nous.

En somme, mes amis, à moins d’un choc qui nous réveille l’espace d’un instant, nous vivons sans y penser, et puis nous sommes morts. Il semble bien que nous passions notre temps à oublier de vivre.

Comment, dès lors, envisager la résurrection ? L’homme qui ne fait que dormir sa vie, traînant le fardeau de son corps comme une servitude douloureuse entrecoupée de satisfactions torpides, ne saurait imaginer mieux, au-delà de sa mort, qu’un songe fumeux.

Pour entendre la Bonne nouvelle de Pâques, il nous faut au moins partir du meilleur de nous-mêmes, c’est-à-dire de cette fine pointe de notre expérience qui nous fait ressentir, après coup, le prix de la vie. Cette fine pointe, nous pouvons l’appeler notre âme, ce germe de vie indestructible qui demeure en nous enfoui sous le poids de l’existence marquée du péché, et qui ne se rappelle à notre conscience que sous les espèces de la nostalgie ou de la peur de mourir, dans la douleur du jamais plus.

La résurrection, c’est d’abord la délivrance de notre vie actuelle, sa libération du péché et de l’ombre de la mort. C’est bien une résurrection, car il ne s’agit pas d’une autre vie que la nôtre, mais il faut qu’elle soit recréée dans la liberté de l’Esprit, qu’elle renaisse à sa forme nouvelle et éternelle.

La vie est naissance, croissance et subsistance. Naissance, car elle commence toujours par la venue au monde, croissance, car elle est mouvement et expansion, et subsistance, car elle ne cesse de se maintenir par l’échange de substance avec le monde qui l’entoure. De même, la vie nouvelle que vous allez recevoir dans un instant, chères catéchumènes, vous sera donnée par les sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie.

Vous avez écouté la parole de Dieu dans les sept lectures de l’Ancien Testament, au début de notre veillée, et vous l’avez gardée en votre c ?ur.

Rappelez-vous comme j’ai attiré votre attention sur le triple mystère de naissance dont témoignaient les trois premières lectures : naissance du monde, naissance de la foi au c ?ur d’un homme, naissance du peuple de Dieu. De même, plongées dans la mort du Seigneur, vous renaîtrez création nouvelle en lui par la puissance de l’Esprit Saint, la foi sera créée en vous par le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ, et vous serez incorporées à son corps, l’Église, qui se trouve à chaque fois comme recréée tout entière dans le baptême de ses nouveaux enfants.

Dans les deux dernières lectures, je vous ai invitées à entendre un double mystère de croissance : par la Sagesse de Dieu, qui fait rayonner et grandir le peuple, et par la purification divine, qui le sauve du péché qui le faisait dépérir. De même, dans la confirmation vous recevrez l’Esprit Saint : Esprit du Fils qui vous fera souvenir de ses paroles et y obéir, Esprit pour la rémission des péchés qui vous relèvera de vos fautes, au long de votre vie de baptisées, en vue de votre conversion.

Les quatrième et cinquième lectures nous disaient le mystère de subsistance du peuple de l’Alliance, nourri à l’aliment merveilleux de la parole de Dieu et maintenu en vie grâce à la fidélité du Seigneur, en dépit de ses révoltes et de ses péchés. L’aliment de vie éternelle, pour vous comme pour nous, sera l’Eucharistie du Christ, Verbe de Dieu, le pain et le vin qui sont son corps et son sang, la Parole faite chair qui nous apprend la vie, le sacrifice qui nous arrache à la damnation.

Nous tous aussi, frères et s ?urs, nous avons commencé à être chrétiens par ces sacrements de l’initiation, ainsi nommés pour cela même. Est-ce à dire que nous avons fini de l’être ? Non, certes, car loin de marcher vers notre déclin, comme fait à l’estime des hommes la vie périssable à laquelle ils tiennent pourtant, nous allons de commencement en commencement, jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous.

Alors, en ce matin d’un Jour qui n’aura pas de déclin, nous saurons enfin ce qu’est la Vie, car nous verrons Dieu face à face comme il est en lui-même aux siècles des siècles.