Dimanche 1er juillet 2007 - 13e dimanche de l’année C

Repousser ceux qui s’approchent : en avons-nous les moyens ?

1 Roi 19,16b.19-21 - Psaume 15,1.2a.5.7-10.2b.11 - Galates 5,1.13-18 - Luc 9,51-62
dimanche 1er juillet 2007.
 

Il faut pouvoir se le permettre, de sélectionner ses clients, ses partisans ou ses adhérents, surtout quand la concurrence est rude !

Jésus, apparemment, ose un tri rigoureux. À l’homme qui lui déclare : « Je te suivrai partout où tu iras », il oppose une étrange réplique. Nous ne comprenons pas bien ce que signifient ces renards et leurs terriers, et ces nids pleins d’oiseaux, mais nous percevons qu’il s’agit d’une rebuffade et cette attitude de refus à l’égard de quelqu’un qui paraissait bien disposé nous choque.

Rappelons-nous le contexte : le Seigneur se dirige vers Jérusalem. Cette ville est, dans l’Ancien Testament, « le lieu que Dieu a choisi pour y établir sa présence au milieu de son peuple », autrement dit son sanctuaire. Tout au long de l’histoire d’Israël, la Terre, la Ville et le Temple sont l’objet de luttes, de conquêtes et de désastres, de violentes divisions intérieures, de terribles guerres avec les peuples voisins, de gloires passagères et de destructions sauvages synonymes d’exils cruels.

Pour finir, Jérusalem devient le lieu du rejet et de la passion du Christ. D’ailleurs, vous savez le rôle décisif que joue la question du Temple dans le procès de Jésus qui conduit à sa condamnation. Ainsi est détruit celui qui est la présence même de Dieu au-delà de tout ce qui pouvait être imaginé, puisqu’il est le Fils éternel. Le Verbe est venu parmi les siens et les siens ne l’ont pas reçu. C’est pourquoi le Fils de l’homme n’a pas de lieu où reposer la tête. Les renards s’enterrent, les oiseaux nichent au ciel, mais sur la terre des hommes, la preuve en est faite, il n’est pas de place pour Dieu

Quand “les disciples Jacques et Jean” proposent de faire tomber le feu du ciel sur le village des Samaritains inhospitaliers, comme il tomba jadis sur Sodome selon le livre de la Genèse, nous pensons qu’ils sont fous. Pourtant, la geste d’Élie, dont il est question dans la première lecture, nous rapporte que par deux fois le feu détruisit les soldats venus arrêter l’homme de Dieu. Pourquoi ce moyen ne serait-il pas employé contre les ennemis de Jésus ? Comprenez que la tentation est sérieuse pour lui, c’est pourquoi elle justifie une réaction très forte, de l’ordre de l’exorcisme. Elle correspond à l’étrange silence de Dieu quand son Fils se fait arrêter, condamner et supplicier. Mais voilà que l’heure est là de la Pâque de Jésus qui va réaliser et inaugurer une ère absolument nouvelle, le Royaume de Dieu.

Ressuscité, celui qui avait été rejeté est lui-même le Temple reconstruit, la Terre nouvelle et la Cité sainte offerte aux hommes qui deviennent ses disciples. Plus question, dès lors, d’enterrer les morts comme les hommes qui n’ont pas d’espérance : pour nous, nous portons devant Dieu nos défunts en les déposant dans le corps du Seigneur reposant au tombeau dans l’attente de la résurrection. Ainsi, ils sont devant nous, nous n’avons plus à retourner en arrière pour aller vers eux. Il en va de même pour les parents et la famille que l’on quitte en acceptant une vocation radicale : plus question de revenir vers eux pour leur dire adieu, comme Élisée, car ils sont l’avenir que nous faisons venir avec le Seigneur en annonçant le Royaume par notre vie en lui. Jésus affirme que cette nouveauté dépasse radicalement le régime religieux ancien, même représenté au mieux par la piété familiale envers les vivants et les morts.

Cet âge nouveau de la foi et de l’espérance se situe au-delà de ce que l’homme peut accepter : scandale et folie de la croix et de la vie déjà ressuscitée dans l’attente du bonheur qui vient. Il suppose aussi le renoncement à soi-même, la purification douloureuse de la chair qui ne peut même pas se soumettre à la loi de Dieu, comme nous le dit saint Paul. Une telle perspective est irréductible à un quelconque “programme religieux” que nous pourrions prétendre faire réussir à notre façon.

Attention donc à la manière dont nous proposons la vie chrétienne aux enfants et aux catéchumènes. Nous pensons parfois habile de cacher ce qui fâche : la croix ?, nous en parlerons une autre fois. Ce faisant nous manifestons seulement que nous ne sommes nous-mêmes pas convertis au Royaume, que nous continuons à regarder en arrière avec nos pauvres mots que nous prétendons nouveaux.

Nous imaginons aider de cette façon les faibles à s’approcher du Seigneur. En réalité, nous ne pouvons leur faire franchir l’obstacle inévitable de la chair qui se refuse à Dieu. Au contraire, nous les égarons. Ainsi nous faisons la triste expérience que, si nous n’avons pas les moyens de pousser vers Dieu les hommes qui s’en approchent, nous avons ceux de les repousser.

Heureusement, lui a le “moyen”, le seul, de leur faire traverser la mort pour une vie nouvelle : c’est l’Esprit Saint !