Dimanche 29 juillet 2007 - 17e dimanche de l’année C

« Tiens, prends ça, il y a tout ce qu’il faut, et même mieux. »

Genèse 18,20-32 - Psaume 137,1-3.6-8 - Colossiens 2,12-14 - Luc 11,1-13
Sonntag 29. Juli 2007.
 

Une mère, une épouse, une fille ou une amie vous a préparé ce qu’elle vous savait nécessaire, avec ce supplément de grâce et de délicatesse que seule une main aimante sait disposer. Et pourtant vous n’êtes pas forcément content. Peut-être n’est-ce pas apparemment ce que vous aviez demandé, ou vous vous faisiez fort de n’avoir besoin de rien, ou quelque contrariété vous empêche de penser que vous apprécierez. Plus tard vous vous en voudrez de ce mauvais accueil d’un présent que vous découvrirez pourtant si bienvenu en son temps, sans compter les surprises heureuses de trouver même ce que vous n’aviez pas espéré.

Pourquoi parler de ces capacités si féminines à deviner mieux que vous ce qui pourra vous combler, en ce jour où le Seigneur nous enseigne à prier le Père ? Peut-être parce que le cœur de Marthe et de Marie palpite encore dans l’évangile d’aujourd’hui (vous n’avez pas oublié l’épisode de dimanche dernier ?) où Jésus s’arrête encore en chemin pour enseigner à ses disciples comment il faudra le suivre après qu’il aura accompli le grand passage de ce monde à son Père. Peut-être aussi parce qu’en ce 29 juillet, si ce n’était dimanche, nous fêterions sainte Marthe. Mais surtout parce que ce Dieu de qui toute paternité tire son nom au ciel et sur la terre est aussi, mystérieusement, un cœur sacré qui se reflète à merveille dans le cœur des femmes qui l’aiment.

Comment prétendre croire en Dieu Père si l’on ne pense pas qu’il donne à ses enfants tout ce qu’il faut en tout temps ? Quelle opinion auriez-vous d’un père qui donnerait serpent ou scorpion au lieu de pain ou poisson ? Et pourtant, nous ne cessons de douter que Dieu nous accorde vraiment ce que nous voulons. Pourquoi ? D’abord parce que nos désirs souvent nous égarent et nous portent vers ce qui se présente sous un aspect attirant, mais se révèle ensuite pour nous mauvais comme serpent ou scorpion. Ensuite parce que parfois nous advient une épreuve qui constitue réellement un mal pour nous, mais que Dieu saura nous faire surmonter pour en tirer un bien plus grand, pour nous-même ou pour d’autres.

Puisque les objets de nos demandes et de nos rejets se brouillent ainsi en nous, ne vaudrait-il pas mieux nous contenter de dire : « Que ta volonté soit faite » et d’accepter toute chose comme elle vient ? Cette idée est pourtant un pur délire. Vivre, c’est toujours vouloir et choisir, dans les limites du possible que nous impose la réalité. Ne pas choisir est encore choisir, par défaut. Ne pas vouloir est encore vouloir son propre néant. Et, ne pas prier, c’est faire la tête à Dieu, comme un enfant se bute contre ses parents dans sa difficulté à s’accepter comme il est, dans sa protestation désespérée contre la vie qu’il a à vivre, comme si cela pouvait lui en faire venir une autre. La prière du Notre Père que nous donne Jésus est pourtant tout ce qu’il nous faut.

Devant la difficulté de prier, c’est toujours à cela que nous devons revenir : la prière est un don de Dieu. Il nous donne de lui demander, en sorte que nous soyons exaucés. Avez-vous remarqué que, dans la petite parabole de l’ami importun, ce dernier est le premier importuné par “l’ami qui arrive de voyage” et à qui il n’a rien à offrir ? Celui qui demande est en même temps celui qui donne. Outre que ce personnage évoque la figure de Jésus médiateur, cet ami qui peut tout demander à son Père en faveur de ses amis parce qu’il est le Fils, il nous tourne vers le centre du mystère : nous sommes exaucés au moment de demander, par le fait que nous demandons sur la parole du Fils.

Et c’est précisément au Notre Père que nous devons revenir : il y a là tout ce qu’il faut à tout moment, et même mieux. Cette affirmation peut être soutenue par des commentaires détaillés de ce texte : ils sont innombrables, beaucoup sont lumineux et plein de saveur. Mais si nous ne croyons pas Jésus sur parole, nous ne pratiquerons pas le Notre Père comme il faut : en tout temps, inlassablement, toujours à nouveau, quelles que soient les circonstances.

C’est à l’usage que se révèle la fécondité du Notre Père, comme la justesse de la composition du sac ou du panier préparé par une main amie que j’évoquais en commençant. L’expérience de découvrir au moment opportun qu’y était contenu depuis le début justement ce dont on découvre le besoin fortifie la confiance pour la fois suivante. C’est ainsi que la pratique de la prière s’enracine et s’affermit