Mercredi 15 août 2007 - Assomption de la Vierge Marie

Fête nationale

Veille : 1 Chronique 15,3-4.15-16 ;16,1-2 - Psaume 131,7-10.13-14 - 1 Corinthiens 15,54-57 - Luc 11,27-28 --- Jour : Apocalypse 11,19a. et 12,1-6a.10ab - Psaume 44,11-16 - 1 Corinthiens 15,20-27a - Luc 1,39-56
mercredi 15 août 2007.
 

Savez-vous que le 15 août fut quelques temps fête nationale en France ? C’est Napoléon qui la déplaça à cette date, dont il fit aussi celle de son anniversaire. La mesure fut bien accueillie. Il en reste quelque chose dans les fêtes de villages du Sud-Ouest qui se situent à cette époque de l’année.

Qui dit fête, dit joie, vin, rire, musique, danse, délices à déguster, liesse populaire et bonheur de l’abondance. Mais aussi le risque de basculer dans les beuveries et les bagarres. La qualité de la fête est le signe de sa pertinence. Quand elle n’est plus qu’un exutoire périodique aux tensions sociales, une occasion pour les organisateurs de faire quelque profit ou l’exécution formelle d’un rituel dont on ne sait plus le sens, elle dit seulement le vide de ceux qui la fêtent.

“Nationale” : qu’est-ce que ça signifie ? Qu’est-ce qu’une “nation” ? L’étymologie nous indique l’idée d’être natifs d’une même terre ou nés d’un même ancêtre. La fête nationale, alors, affirme, chante et conforte une unité sociale fondée dans la communauté d’origine. Rien n’oblige cette notion à la fermeture, au contraire : la force et la vitalité d’un groupe se mesurent aussi à sa capacité à accueillir en son sein des éléments extérieurs, pour leur offrir une généreuse hospitalité attentionnée et en recevoir un enrichissement humain.

L’Église est-elle une nation ? Pourquoi pas. On dit bien qu’elle forme un peuple. La première préface des dimanches, qui lui attribue des “noms glorieux”, commence par “nation sainte” et poursuit avec “peuple choisi”. Eh bien, s’il fallait une fête nationale à l’Église, il me semble que le 15 août irait parfaitement.

Le Magnificat de l’évangile du jour nous apparaîtrait peut-être mieux comme le chant de victoire et d’espérance du peuple d’Israël, de la communauté de ceux qui sont nés d’Abraham, de sa “race” personnifiée par Marie. Cette “Maison” choisie par Dieu est celle où il accueille et veut accueillir tous les hommes en Jésus Christ, Messie d’Israël mort pour toute l’humanité. Si beaucoup de fils aînés de la Maison en sont sortis, elle ne cesse pas d’être la leur et de les attendre.

L’Apôtre parle des païens comme de ceux « qui n’ont pas d’espérance ». En effet, si l’espoir est chevillé au corps de tout homme avec la vie elle-même, il est sans fondement ni en raison ni dans l’expérience : l’existence se déroule sous la loi de la dégradation universelle de toute chose, jusqu’à la mort et l’oubli. Tandis que la foi de Jésus Christ qui était déjà celle des Pères, comme nous l’avons entendu dimanche dans la lettre aux Hébreux, est la garantie des biens que nous espérons.

Cette idée nous laisse perplexes : la foi nous paraît déjà difficile et incertaine pour nous, comment pourrait-elle garantir l’espérance ? C’est que nous ne vivons qu’une maigre vie d’Église. Sinon, nous verrions, et nous donnerions à voir en elle quelque chose de la vie éternelle qui nous attend en plénitude à la résurrection finale.

En fêtant la Vierge Marie, qui a toujours cru d’une foi parfaite et espéré très fermement en Dieu le Père de son Fils, nous fêtons l’Église, la communauté de ceux qui sont natifs du ciel, car ils sont renés dans la mort et la résurrection de Jésus, le Verbe fait chair.

Cette “fête nationale” ne nous referme pas sur nous-mêmes, bien au contraire : elle ravive notre sens de la mission, raison d’être de l’Église, de faire des toutes les nations des disciples en les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et en leur apprenant à garder les paroles que le Christ nous a données.