Dimanche 19 août 2007 - 20e dimanche de l’année C

Torts partagés : n’est-ce pas un peu facile ?

Jérémie 38,4-6.8-10 - Psaume 39,2-4.18 - Hébreux 12,1-4 - Luc 12,49-53
dimanche 19 août 2007.
 

Torts partagés : quand deux enfants se battent, quand deux personnes se disputent, quand deux partis s’affrontent, il est assez commode des les renvoyer dos-à-dos. Les assureurs et les tribunaux savent bien faire ça, parfois avec quelque désinvolture.

Enfin, quand même, tout le monde n’est pas coupable, ou responsable, de tout, tout le temps ! Il vaudrait mieux établir précisément les droits et les torts de chacun, non ?

Mais voilà, on n’a pas le temps, on veut se dispenser de prendre les moyens, alors on se donne cette commodité : Torts partagés, “50-50” !

Et s’il y avait pourtant une juste façon de s’engager ainsi vers une heureuse solution des conflits, par-delà toute négligence ou facilité ?

Dans l’évangile, Jésus nous donne une piste pour comprendre les choses ainsi, et c’est précisément au moment où il se fait le plus incompréhensible. Quand il déclare : « Je ne suis pas venu mettre la paix dans le monde, mais plutôt la division », qu’il insiste et donne des exemples, on ne peut s’empêcher de penser qu’il exagère ou, à tout le moins, qu’il devient obscur à force d’être paradoxal.

Le contraste est d’ailleurs particulièrement frappant lorsque l’on a entendu la veille, comme nous qui étions au mariage d’Arnaud et Sophie hier, la grande prière de Jésus en Jean 17 : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » En plus, au lendemain des noces, on n’aime pas entendre dire que la belle-fille va se dresser contre la belle-mère !

Alors, que signifie la parole de Jésus aujourd’hui ? Et si c’était que, pour parvenir à la paix et à l’unité en ce monde marqué par le mal, il fallait que chacun aille jusqu’à se diviser en lui-même ?

Que chacun s’efforce à l’extrême, non pas de prouver les torts de l’autre, mais de trouver ses propres torts, pour mieux surmonter ceux de l’autre.

Alors, par exemple, il faudra évidemment assumer une rupture de la solidarité fatale qui, dans certaines cultures, lie les membres d’une famille contre tout droit et toute vérité. Pensez à cet horrible fait divers récent, qui n’est qu’un exemple parmi mille, de vendetta calabraise poursuivant un groupe de jeunes gens à l’étranger jusqu’à en tuer six d’un coup au sortir d’une soirée.

Mais, direz-vous, il y a quand même des situations où l’on est purement victime d’une injustice : à quoi rimerait, alors, de se chercher des torts ?

D’abord, soyons réalistes : quand on se trouve lésé de quelque manière, on s’estime toujours victime d’une injustice et parfaitement innocent soi-même. Le monde est ainsi plein de gens qui s’en veulent à mort, s’accusant mutuellement de la même manière.

Ensuite, malgré tout, la parfaite innocence bafouée, cela arrive. D’ailleurs, ce fut bien le cas pour Jésus. Mais justement, il nous a donné un exemple : lui qui était sans faute, il a pris sur lui les fautes des autres.

Faire comme lui, c’est, par exemple que, si quelqu’un a 100% raison (et cela arrive !), il faut qu’il se divise lui-même entre la réparation qu’il peut exiger et la miséricorde qu’il doit envisager.

Ce peut être aussi accepter de serrer la main de quelqu’un qui se trouve gravement en tort contre vous, en faisant la part en soi entre un juste ressentiment (qu’il ne faudra pas forcément oublier pour autant) et le don généreux d’une chance à la relation possible avec le coupable pour l’avenir.

Conçue de cette manière, la ligne « Torts partagés », n’est vraiment pas une facilité : c’est une voie étroite et caillouteuse. Mais elle conduit à la vie.

Il faut essayer ce chemin pour pouvoir en juger : comme Jésus « subissant sans avoir de honte l’humiliation de la croix ». Ou comme Jérémie s’élevant contre les erreurs de son peuple, mais souffrant en fait pour lui.

Le contraire de « la paix » que Jésus n’est pas venu mettre dans le monde est le combat spirituel dans lequel, nécessairement, nous en venons à nous élever contre nous-mêmes.

Dieu ne s’est-il pas « retourné contre lui-même », comme aime à le répéter le pape Benoît XVI, quand le Fils s’offre sur la croix pour racheter les pécheurs ?

Non, tout cela n’est pas facile, ni à comprendre, ni à admettre. Mais le chemin de la croix de Jésus est aussi le chemin de la vie pour nous, si seulement nous le suivons.

Lui qui n’avait pas de torts, il a partagé les nôtres pour nous en libérer : partageons aussi nos torts entre nous, pour nous libérer de toute haine et entrer dans l’amour de Dieu.