Dimanche 26 août 2007 - 21e dimanche de l’année C

Une bonne histoire d’enfer

Isaïe 66,18-21 - Psaume 116 - Hébreux 12,5-7.11-13 - Luc 13,22-30
dimanche 26 août 2007.
 

Les Allemands de l’Est se la racontaient au temps du rideau de fer pour dénigrer sans en avoir l’air le régime économique et politique qu’ils subissaient.

Un apparatchik médiocre et corrompu arrive devant saint Pierre qui consulte ses dossiers et déclare : « Pour vous, c’est l’enfer, pas de doute. Mais on vous donne le choix entre le soviétique et l’occidental. » L’homme demande en quoi cela consiste et où est la différence. « Oh, répond Pierre, d’un côté comme de l’autre le principe est le même : on vous jette tous les matins sur un tas de charbons incandescents. » Alors, à la surprise du saint portier, l’apparatchik choisit l’Est et s’explique : « Je les connais. Un jour le charbon manquera, la production ayant été inférieure aux prévisions du plan “du fait des menées d’éléments antisociaux”, évidemment. Le lendemain, il arrivera, mais d’une qualité si médiocre qu’on ne pourra même pas l’allumer. Le troisième jour, on réservera le peu de combustible disponible à des camarades plus importants du parti. Et ainsi de suite, de sorte que j’ai des chances de rester tranquille le plus souvent. Tandis qu’à l’Ouest, je n’y couperais pas un seul jour, c’est sûr. »

Être sauvé, échapper à l’enfer, donc, c’est le sujet du jour. Mais qu’est-ce que l’enfer ? Nous pensons tout de suite à la damnation éternelle, et nous avons raison. Mais l’enfer est déjà sur terre, n’est-ce pas ? D’ailleurs, la petite histoire que j’ai racontée en commençant, sous ses airs d’évoquer les fins dernières, parlait évidemment les conditions de vie des gens de l’époque, en particulier leurs difficultés à se chauffer convenablement en hiver. L’enfer, enfin, c’est aussi celui dans lequel est descendu le Seigneur Jésus, c’est-à-dire la mort.

À la lumière de Pâques (rappelez-vous que Jésus monte vers Jérusalem), la question de l’homme dans l’évangile : « Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » apparaît bien comme typique de nos interrogations mal placées. Comme lui, nous aimons ergoter sur le thème : « Comment peuvent être sauvés les gens d’autres religions, ou sans religion ? », ou « Comment pourraient-ils ne pas être sauvés ? » La réponse de Jésus nous renvoie à nos responsabilités, avec vivacité : Oui, ou non, croyons-nous qu’il est venu sauver les hommes ? Si nous croyons au Christ sauveur selon la foi de l’Église, vivons donc en conséquence, c’est-à-dire en disciples portés par une ferme espérance pour tous les hommes. Et si nous ne croyons pas, à quoi bon cette question oiseuse ?

L’inefficacité du système soviétique, que sa transposition dans l’au-delà rendait plaisante, me fait penser aussi à l’inefficacité de notre attitude, souvent. Quand nous commençons à croire un peu, nous disons : « Mais, au fait, que dois-je faire au juste ? » Et cela nous fait “gagner du temps”. Et lorsqu’il nous est dit clairement ce que nous devons faire, nous prenons un air rêveur : « Mais, doit-on y croire vraiment ? » et cela nous fait passer à autre chose. C’est pourquoi Jésus s’impatiente aujourd’hui contre ces disciples médiocres que nous sommes : il fouette notre inefficacité avec la perspective odieuse que nous pourrions bien rester à la porte du festin où se précipiteront tant d’hommes au sujet desquels nous nous serons posés tant de questions inutiles. Ce n’est pas pour nous affliger, mais pour nous donner une bonne leçon et qu’elle porte ses fruits.

Rappelez-vous les évangiles des six derniers dimanches, où Jésus, montant à Jérusalem, nous apprend à devenir disciples, c’est-à-dire à marcher derrière lui. L’épisode d’aujourd’hui est comme le septième d’une série de l’été. Je ne vais pas vous refaire les six homélies précédentes, mais simplement vous résumer en quelques mots les exhortations qui en résultent.

1. Aimez Dieu qui nous sauve 2. Recevez le Fils par qui il nous sauve 3. Priez sans cesse, le Notre Père 4. Partagez les biens de la terre, les richesses et les bonnes choses 5. Servez, autant que possible 6. Portez ensemble le poids du malheur, partagez les torts, supportez le mal par amour

Et 7., aujourd’hui : Faites-le ! Ne vous contentez pas de l’entendre un jour et de l’oublier le lendemain. Mettez en pratique la parole reçue dans la foi.

Si nous vivons ce monde en proie au péché et à la mort en disciples de l’Évangile, notre histoire deviendra bonne et il n’y aura plus d’enfer.