Dimanche 2 septembre 2007 - 22e dimanche de l’année C - Baptême de deux petits enfants

Là-haut, l’air est meilleur

Siracide 3,17-18.20.28-29 - Psaume 67,4-7.10-11 - Hébreux 12,18-19.22-24a - Luc 14,1a.7-14
dimanche 2 septembre 2007.
 

« Là-haut, l’air est meilleur. » On y croit volontiers. Si l’air est meilleur, on va mieux, la vie s’embellit. D’où le goût de beaucoup pour la montagne. Pourtant, ceux qui habitent en altitude toute l’année le savent, la vie y est plus rude.

Dans la société aussi on pense volontiers que l’air est meilleur plus haut. C’est pourquoi l’on cherche à s’y élever. Mais, dans la pyramide sociale comme en montagne, pour que quelques-uns se tiennent sur les sommets, il faut bien que la grande masse se situe à la base.

Or, voilà que Dieu veut renverser tout cela. Vous venez de l’entendre : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé. » De plus, le conseil de Jésus en fait d’invitation à dîner nous précise qu’il a bien l’intention de faire monter les pauvres, les infirmes, les aveugles et les boiteux. D’ailleurs, le cantique de Marie, le Magnificat, est très clair à ce sujet : « Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. »

De leur côté, les hommes ont essayé de réaliser ce genre de programme : retourner la pyramide sociale sur sa pointe. Mais, si l’on arrive ainsi à écraser ceux qui se tenaient en haut, par exemple en leur coupant la tête, on n’obtient pas pour autant que la base devienne le sommet. En fait, l’ensemble s’écroule inexorablement et reprend la forme d’un tas pointu qui ressemble fort à l’état précédent, sauf que tout a été meurtri et bouleversé. C’est toujours une catastrophe.

Certains, pourtant, croyaient accomplir ainsi le projet de Dieu. Mais avaient-ils bien écouté la Parole ? « Cela te sera rendu à la résurrection des justes » dit Jésus à la fin de notre évangile. La visée est donc “eschatologique”, c’est-à-dire qu’elle se réalise à la fin des temps. L’homme ne peut accomplir par ses propres forces dans le temps ce que Dieu entend établir au jour de son Fils, lorsqu’il reviendra dans la gloire.

Vous connaissez la critique de cette perspective : en donnant à espérer aux pauvres un sort meilleur à la fin du monde on parvient à les faire tenir tranquilles en attendant. Des prédicateurs de résignation endoctrinent ainsi le peuple à la grande satisfaction des riches qui ne demandent qu’à profiter en paix de leurs avantages. Cette perversion détestable de l’Évangile a existé et peut exister encore.

Mais c’est ignorer à quel point l’œuvre de Dieu dans la vie des hommes maintenant, même si elle n’entend pas abolir la loi de la pesanteur, peut changer leur cœur, et donc leur vie, de manière à anticiper en quelque mesure et à préparer de façon sûre le “renversement” prévu pour la fin.

Comme toute pierre tend à tomber, si haut ou si bas qu’elle soit placée sur la montagne, le cœur de l’homme est le même, quelle que soit sa place dans la hiérarchie sociale. Pour s’élever quelque peu, ou pour s’en donner l’illusion, la recette est vieille comme le monde : il faut trouver quelques plus petits que soi à placer sous ses pieds, ou quelqu’un à critiquer pour mieux se penser au-dessus de sa bassesse.

Or, le cœur que Dieu a touché ne veut plus que personne soit jamais piétiné. Au lieu de se gonfler toujours de ses supériorités réelles ou imaginaires, et de se rassurer sans cesse en faisant remarquer les fautes et défauts des autres, il ne cherche qu’à se reconnaître petit et faible, et aussi pécheur, devant Dieu et devant ses frères. Point n’est besoin pour cela d’en faire étalage, au contraire : la discrétion et l’intériorité de cette attitude sont le gage de son authenticité.

En revanche, il s’attachera assidûment à voir et aimer en l’autre tout ce par quoi il est estimable, en dépit sans doute de bien des fautes et des défauts qu’il se gardera de lui faire payer plus que nécessaire. « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes », dit l’Apôtre. Cette phrase est incompréhensible aux hommes. Mais le disciple de celui qui est mort comme le dernier des derniers la comprend dans la foi en la mettant en pratique.

Le baptême ne nous apporte rien de matériel. Mais il nous rapproche de la “montagne de Sion” qui est le Christ au point de nous rendre semblables à lui. Il nous remplit du souffle de Dieu en qui nous sommes unis : alors, l’air est meilleur que nous respirons spirituellement entre nous et à l’égard de tous les hommes. Ainsi dans l’Église l’homme va mieux et l’espérance du Christ embellit sa vie d’une aura qui peut attirer le monde à lui pour un avenir de véritable égalité dans et par l’amour qui ne passera pas.