Dimanche 28 octobre 2001 - 30e dimanche de l’année C

Que je suis bête !

Siracide 35,12-14.16-18 - Psaume 33,2-3.16.18.19.23 - 2 Timothée 4,6-8.16-18 - Luc 18,9-14
vendredi 26 octobre 2007.
 
Que je suis bête ! Est-ce qu’il vous arrive de vous dire cela ? J’espère bien que oui, je l’espère pour vous. Cette exclamation est de dépit, voire furieuse ou douloureuse, lorsqu’elle ponctue la constatation de dégâts éventuellement irréparables. Pourtant, elle signifie toujours un soulagement, qui peut même parfois sonner très joyeusement. En effet, au moment où je le dis, c’est que je ne le suis déjà plus tant que ça : il y a en moi d’une part celui qui fut bête, et qui le reste encore sans doute en quelque mesure, et d’autre part celui qui est maintenant assez intelligent pour voir la bêtise en question et vouloir en revenir. C’est pourquoi j’espère que cela arrive à chacun d’entre vous : il faudrait être un parfait crétin pour ne jamais s’apercevoir de ses bêtises, ou pour préférer sans cesse les nier, les justifier et les rejeter sur autrui. Il faut être définitivement bête pour prétendre avoir toujours raison. Que je suis loin !, s’exclame en quelque sorte le publicain qui prie en se tenant "à distance" et sans oser lever les yeux vers le ciel : Que je suis loin de Dieu, et tout en bas par rapport à lui qui règne au plus haut des cieux. Sans doute cette prière muette signifiée par le geste de se frapper la poitrine est-elle douloureuse comme un appel au secours qui n’oserait se dire. Et puis il se dit quand même : "Prends pitié de moi pécheur !" Que je suis bien !, ose se dire à lui-même le pharisien qui se tient là, lui qui s’estime tout en haut dans l’échelle de la vertu et de la valeur humaine, au point qu’il se donne la place de Dieu pour juger les autres avec assurance, y compris ce publicain qu’il tient pour rien. Tel est en effet le sens du verbe grec traduit ici par "mépriser" : littéralement, Jésus dit cette parabole pour certains hommes qui, convaincus d’être eux-mêmes des justes, tiennent les autres pour rien. Évidemment, cette pensée au sujet de l’homme pécheur est le contraire de celle de Dieu, lui qui, de tout son amour, a donné son Fils pour le sauver personnellement. Ainsi le pharisien qui se donne la place de Dieu est-il, en fait, au plus loin du Très-Haut lorsqu’il méprise le pécheur. Quelle que soit l’objectivité de ses actes de piété et de vertu, il est tout à fait injuste, indigne du cœur de Dieu, celui qui tient pour rien son frère humain. Parce que le cœur de Dieu est tout entier porté à aller chercher celui qui est loin, parce qu’il a envoyé son Fils qui s’est abaissé jusqu’à la mort de la croix pour cela, le publicain est déjà sauvé quand il dit "Prends pitié !", et même avant, dans sa prière muette et lamentable où déjà s’est glissé le regard de Jésus qui n’est pas venu condamner mais consoler, guérir et sanctifier. Frères, le pharisien de la parabole, au contraire, nous l’avons maintenant compris, est tout à fait perdu quand il se croit juste. Et qu’allons-nous donc en penser ? Allons-nous dire : "Oui, ces pharisiens sont horribles, et d’ailleurs j’en connais des plus typiques, suivez mon regard" ? Voyez : nous ne ferions alors qu’endosser le rôle même de l’affreux que nous prétendons dénoncer. Au demeurant, ce n’est pas le simple fait d’être conscient de sa valeur et de ses vertus qui nous écarte de Dieu, heureusement ! Voyez comme saint Paul n’hésite pas à dire : je me suis bien battu, je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur. Et il en rend grâces, n’en doutons pas. Mais, la preuve que tout ce bien vient de Dieu, c’est la façon dont nous nous passionnons avec et en lui pour tous nos frères humains qui ne connaissent pas sa grâce et sa parole. Est-ce vraiment notre cas ? C’est pour les pharisiens que nous sommes, que Jésus dit cette parabole, lui qui ne veut condamner personne mais sauver aussi les plus perdus. Que tu es bête, dit-il au pharisien, de te vanter ainsi de tes œuvres et d’oublier l’essentiel, la miséricorde ! Que je suis bête, devons-nous dire en réponse à sa voix qui nous rappelle à lui, que j’étais loin du cœur de Dieu, mais il m’a sauvé de mon péché ! Frères, que nous sommes heureux d’entendre cette parole, maintenant !