Dimanche 4 novembre 2007 - 31e dimanche de l’année C

L’impossible est déjà fait, pour les miracles prévoir un délai.

Sagesse 11,23 à 12,2 - Psaume 144,1-2.8-11.13-14 - 2 Thessaloniciens 1,11 à 2,2 - Luc 19,1-10
dimanche 4 novembre 2007.
 

L’impossible est déjà fait, pour les miracles prévoir un délai. Détendre le client mécontent par une pirouette de ce style est à la portée du premier commercial venu. Mais personne n’est dupe. Aujourd’hui, le consommateur se démène pour trouver moins cher et le fournisseur s’emploie à gagner plus, c’est tout. On se demande constamment si les limites de l’honnêteté ne sont pas franchies, ou même si cette notion a encore un sens.

Il en allait de même au temps de Jésus pour les collecteurs d’impôts, les “publicains”, qui passaient pour des pécheurs professionnels. Dans l’évangile, les publicains sont, avec les prostituées, le type des gens impurs que tous considèrent comme des maudits, des rebuts du peuple de Dieu.

Cette réputation bien établie ne prouve pas que Zachée ait été malhonnête. En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’il était riche, et “chef”, de surcroît. Or, peu auparavant dans l’évangile de saint Luc, Jésus a rencontré un autre “chef riche” : c’est le parallèle du “jeune homme riche” de Matthieu, mais chez Luc il est chef et non jeune. Vous connaissez la fin de l’épisode : Jésus déclare qu’il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. Autant dire que c’est impossible. Aussi les disciples se récrient : « Alors, qui peut être sauvé ? »

Voilà donc que l’impossible est fait : à la fin de notre épisode, Zachée, qui était riche, est sauvé. Que s’est-il donc passé pour que survienne ce renversement ? Zachée a couru en avant là où devait passer Jésus, il s’est élevé sur un arbre, et Jésus a levé les yeux. Comprenez qu’il s’agit d’un “geste prophétique” qui annonce la passion du Seigneur, son “passage de ce monde à son Père” : élevé sur la croix, il s’est offert à lui pour le salut des hommes. Voilà ce qui change tout. D’ailleurs, juste après l’épisode de l’homme riche se situe la deuxième annonce de la Passion aux disciples.

Jésus l’avait dit : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. » Zachée, le riche, ne pouvait absolument pas entrer dans le Royaume des cieux. Mais Dieu a fait l’impossible pour lui. Il fallait seulement qu’il l’accepte.

Et c’est ce que signifie son geste prophétique : en ouvrant son cœur au Christ, il s’associe à son sacrifice rédempteur. Perché sur son sycomore (dont le nom rappelle en grec le “mûrier planté dans la mer” de l’autre dimanche, et le figuier, symbole de l’arbre de vie), Zachée préfigure aussi le “bon larron” crucifié à droite de Jésus, dont tout le mérite sera de croire en lui dans cette situation.

Oui, le salut nous advient par la foi, comme pour Zachée recevant Jésus dans sa maison : c’est dans cette hospitalité qui est la foi que le salut arrive aux pécheurs que nous sommes.

Ouvrir son cœur à Jésus, c’est le sacrifice qui plaît à Dieu : le renoncement à l’orgueil qui nous enferme si bien dans l’incrédulité, et l’acceptation d’une condition d’enfant dans la dépendance radicale de l’amour gratuit du Seigneur. C’est ainsi que Zachée s’est accepté “petit”, et c’est ainsi que nous devons nous reconnaître incapables de rien par nous-mêmes pour accueillir la grâce qui nous est accordée.

Dieu a déjà fait l’impossible pour nous dans l’offrande du Fils sur la croix. Mais pour le miracle de notre conversion, il faut un délai, nous le constatons toujours à nouveau : c’est le mystère de notre résistance à la grâce et de la patience de Dieu. “Le jour du Seigneur n’est pas encore arrivé”, comme nous avons entendu saint Paul le dire dans la deuxième lecture, car il patiente pour laisser à chacun le temps de se convertir. Mais ce jour arrive “d’avance” pour quiconque communie avec foi à cet autel dont nous allons nous approcher dans un instant. Ainsi vient la joie dans le monde, celle du salut promis la maison d’Israël et offert à toutes les nations dans la résurrection du Seigneur.