Dimanche 11 novembre 2001 - 32e dimanche de l’année C

Soleil, toi sans qui les chose ne seraient que ce qu’elles sont...

2 Martyrs d’Israël 7,1-2.9-14 - Psaume 16,1.3.5-6.8.15 - 2 Thessaloniciens 2,16 à 3,15 - Luc 20,27-38
dimanche 11 novembre 2007.
 

"Soleil, toi sans qui les chose ne seraient que ce qu’elles sont..." : Edmond Rostand a bien raison. L’astre du jour transfigure le paysage en tout lieu, et le cœur se réjouit de le voir colorer de nouveau le monde, au milieu des jours gris comme au bout des nuits difficiles.

Une personne, aussi, peut être pour une autre comme le soleil : sa présence donne à toute chose son goût et sa saveur et, quand elle n’est pas là, la vie perd ses couleurs. Mais les soleils de ce monde sont bien souvent trompeurs. Et puis, certains hommes sont comblés de tout ce qu’ils désirent, mais ils n’ont pas de joie : la vie leur sourit de tous ses attraits, et leur âme est comme morte. Tandis que d’autres qui n’ont rien vivent de si bon cœur qu’on en est bouleversé.

Voyez, par exemple, tel jeune trisomique lourdement marqué qui rayonne du goût de vivre : des gens se scandalisent d’un tel acharnement et, de lui comme de ses semblables, on se moque à gorge déployée dans les émissions pour rire et les cours de récréation.

Aussi cruellement railleurs sont les sadducéens de notre évangile : leur raisonnement n’est pas seulement bizarre et déconcertant pour nous, il est aussi insultant pour toutes celles qui pourraient se sentir visées à travers la femme qui, malgré ses sept maris successifs, est morte sans avoir jamais pu donner la vie. Ils ricanent méchamment : Et vous voudriez qu’elle ressuscite, celle-là, comme si sa malédiction n’était pas assez établie ?

En fait, en se moquant de la femme, les sadducéens se moquent de Dieu, lui de qui vient toute vie. Celui qui méprise la vie du pauvre et du misérable, c’est Dieu qu’il méprise. Cela est manifesté définitivement par la croix de Jésus : cet homme supplicié que l’on bafoue quand il meurt est Dieu lui-même.

Dans "Si c’est un homme" où il livre ses souvenirs de camp de concentration, ou plutôt d’extermination, Primo Levi évoque le jour où, espérant être admis à l’infirmerie, il demande à son voisin s’il a une chance d’être accepté. L’autre le regarde, le palpe, et lâche : "Du, Jude, kaputt !" Autrement dit, tu es fichu, Juif, tu es déjà tellement délabré que les nazis ne prendront pas le peine d’essayer de te retaper, ils t’enverront directement à la chambre à gaz et au four crématoire. "Il me semble que jamais de ma vie je n’ai subi d’affront plus atroce", écrit-il. Il avait honte d’être mourant, et d’être ainsi méprisé de mourir.

Et Jésus, sur la croix, est-ce qu’il meurt ? Oui. Mais il accomplit ainsi la volonté de Dieu. Or, faire la volonté du Dieu vivant, c’est vivre de sa vie. Et ensuite, dans le tombeau, est-ce que Jésus est vraiment mort ? Réponse : oui. Cette affirmation est essentielle dans la profession de foi de l’Église. Mais Jésus est Dieu ? Oui. Alors, Dieu est mort ? La mort du Fils de Dieu est la vie pour nous, nous qui étions voués à la mort. Dieu, dans sa toute puissance, a fait que même la mort soit maintenant pour nous la vie. Il a fait que la nuit même devienne lumière.

Jésus Christ, toi sans qui la vie ne serait que pour la mort, fais briller à nos yeux toute épreuve de la fidélité à ton Père, fût-elle enveloppée des plus épaisses ténèbres, de la lumière de la vie éternelle des enfants de Dieu promise à quiconque fait sa volonté.

Jésus Christ, toi sans qui la mort ne serait que la négation de la vie, fais-nous renoncer de grand cœur à ce qui en nous ne peut que mourir, afin que nous resplendissions, dès maintenant et pour l’éternité, de la joie d’être sauvés.