Dimanche 11 novembre 2007 - 32e dimanche de l’année C

Une annulation est-elle possible ?

2 Martyrs d’Israël 7,1-2.9-14 - Psaume 16,1.3.5-6.8.15 - 2 Thessaloniciens 2,16 à 3,15 - Luc 20,27-38
dimanche 11 novembre 2007.
 

Une annulation est-elle possible ? Comment faire que ce qui a été n’ait pas été ? Si vous “annulez” un voyage, ou un vol ou un train, vous supprimez seulement une possibilité, une virtualité, une éventualité : quelque chose qui n’a pas eu lieu.

Il arrive que des personnes demandent une “annulation de mariage”. C’est une méprise. Une relation conjugale établie dans la durée, avec ses conséquences humaines et sociales multiples, ne peut être annulée. Ce que l’Église peut examiner, c’est si cette relation était vraiment un mariage. S’il s’avère que ce n’était pas le cas, on parle de la “nullité du mariage”. Mais cela ne signifie pas que cette relation était nulle ! Les conjoints n’ont pas à renier tout ce qu’ils ont vécu ensemble.

Déjà, l’échec de la procréation, le fait qu’un homme et une femme soient déçus dans leur désir d’avoir des enfants ensemble, rejaillit sur leur relation comme une contradiction et les plonge dans la confusion. Mais, par une étrange réciproque à laquelle nous ne faisons souvent pas attention, la séparation des parents est vécue par les enfants comme une contradiction de leur vie, de cette vie qu’ils ont reçue de leur union : ils s’en trouvent perturbés jusqu’à se sentir coupables ou confus d’exister.

Ces problèmes sont profondément sensibles, c’est pourquoi il ne faut les traiter qu’avec beaucoup de délicatesse et de précision. Or, le moins qu’on puisse dire est que les sadducéens de notre évangile se montrent fort insensibles à la situation qu’ils décrivent dans leur question piège adressée à Jésus. Cette femme mourant sans enfants malgré ses sept maris est pourtant pathétique, mais elle leur importe peu : toute la pointe de la loi mosaïque invoquée porte sur le premier mari. C’est à lui qu’il s’agissait de donner coûte que coûte une descendance. Or, il semble que Dieu demeure résolu dans son refus de répondre à cette attente des hommes, en dépit de tous leurs efforts. Pour les sadducéens, la cause est entendue : cet homme est un maudit pour lequel il devient désormais dérisoire d’espérer une résurrection. C’est comme si Dieu lui avait assez signifié : je me repends de t’avoir donnée cette vie que je ne te permets pas de transmettre.

Selon Jésus, au contraire, les sadducéens n’ont rien appris, et c’est pourquoi ils n’ont rien compris depuis le début. Ces hommes arrogants prétendaient que seule la Torah faisait autorité. Ils ne recevaient pas l’enseignement prodigué dans l’histoire des Martyrs d’Israël : que l’on devait attendre du Dieu qui donne la vie qu’il puisse aussi la redonner aux justes mis à mort dans leur jeunesse. Ils ne comprenaient pas que c’était pourtant le développement logique et nécessaire de la révélation des origines.

Celui qui veut annuler la vie, c’est le Mauvais, l’ennemi menteur et homicide depuis le commencement. Par tous les moyens de destruction, la maladie, la souffrance, la haine, le désespoir, la mort et tous les tourments du monde, il veut annihiler l’homme. Et, comme on atteint le père dans ses enfants, il voudrait ainsi, si c’était possible, anéantir Dieu lui-même. Mais depuis le commencement le Seigneur a décidé de nous sauver : « Lui qui est fidèle vous affermira et vous protégera du Mal » vient de nous dire saint Paul.

Or, la pointe du mal, c’est le péché qui est toujours incrédulité. C’est pourquoi Dieu défend la vie que l’Ennemi veut annuler en annulant le péché par la rédemption acquise par le Christ sur la croix et par le pardon qu’il nous offre. Comme le péché est œuvre de refus et de négation, annuler le péché, c’est anéantir le néant. Mais ce salut ne peut être pour nous sans que nous l’acceptions. Croire au Dieu vivant par toute notre existence ici-bas, c’est déjà participer à la victoire du Christ et la manifester dans le monde. Mais refuser de croire, c’est rejeter le salut.

Que devons-nous donc faire ? Lorsque nous voyons des horreurs effroyables, comme celles dont l’histoire des martyrs témoigne, rappelons-nous que l’enfer est possible : il existe en tant que ce Mal qui nous convoite, et la possibilité d’une destruction totale de notre vie demeure tant que nous ne choisissons pas de la confier résolument au Seigneur. Ce choix est devant nous à chaque instant décisif, comme pour les sept frères et leur mère qu’on voulait forcer à pécher contre la Loi. Ils ont fait un choix de vie, frères, le vrai choix de la vie : ils ont été fidèles au prix même de la souffrance extrême et de la mort. Ils préfiguraient ainsi le Christ qui, par sa fidélité à son Père, a obtenu le salut de tous les hommes et sa résurrection d’entre les morts.

Ainsi, une annulation est possible, certes, mais la résurrection est certaine ! Celle du Seigneur Jésus, et donc la nôtre, puisque nous en acceptons l’offre en lui rendant amour pour amour.