Dimanche 25 novembre 2001 - Christ, Roi de l’univers

Mais c’est exactement ce que je fais !

2 Samuel 5,1-3 - Psaume 121,1-7 - Colossiens 1,12-20 - Luc 23,35-43
dimanche 25 novembre 2007.
 

Un bébé vous regarde et pleure à fendre le cœur : c’est un appel au secours, il a besoin de vous. Mais pour vous occuper de lui il faut que vous alliez chercher quelque chose : vous lui tournez le dos et disparaissez à sa vue. Alors, bien sûr, il pense que vous l’abandonnez et verse des larmes désespérés.

Pouvez-vous lui parler, lui dire : je m’occupe de toi, c’est exactement ce que je suis en train de faire, je ne t’abandonne pas ? Peut-il comprendre, lui qui n’est qu’un bébé ? Eh bien oui, il le peut. À condition qu’il ait appris, auparavant, à vous faire confiance et à vous aimer, parce que vous lui avez déjà prouvé votre amour. Il ne déchiffrera pas les mots, mais il entendra votre voix, il verra votre regard, et il vous comprendra.

Un dialogue de cette sorte se déroule entre Jésus sur la croix et les malfaiteurs autour de lui. Le premier le somme de se sauver lui-même et de sauver les autres avec lui, puisqu’il est le Messie. Cela ne vous rappelle personne ? C’est exactement la position de l’Apôtre Pierre à Césarée qui, ayant confessé Jésus comme Christ, refuse l’annonce de sa passion.

Derrière lui se profile la multitude des hommes qui disent : Si Dieu était bon, il n’y aurait pas tout ce mal dans le monde. Certains tiennent ce propos avec arrogance, forts de leur propre sort qui n’est pas si mauvais que celui de la moyenne : ils sont comme le chœur des chefs qui ricanent et bafouent Jésus sur la croix, alors même qu’ils reconnaissent qu’il en a "sauvé d’autres", autrement dit qu’il a déjà donné des signes d’amour et de salut. Ceux-là entraînent dans leur refus de Dieu la masse des païens ignorants qui, comme les soldats au pied de la croix, répètent à la manière des enfants l’outrage fait au malheureux.

Mais le cri de ceux qui le poussent depuis leur souffrance doit percer le ciel plus qu’aucun autre. C’est pourquoi le grec dit littéralement que le premier malfaiteur "blasphème" en réclamant de Jésus le salut en forme d’échappée à la souffrance et à la mort de la croix. De même, Jésus réprimande Pierre de son refus en lui disant que ses pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes, et en repoussant la tentation qu’il représente : "Arrière, Satan !"

Au premier malfaiteur, Jésus ne répond pas directement, mais par l’intermédiaire du second. Sa parole, et c’est tout à fait clair dans le texte grec, est une pleine confession de foi au sujet de Jésus : de sa divinité, de son innocence, et du fait qu’il prend sur lui le châtiment qui était dû à notre péché. Il ne dit pas que Jésus n’a rien fait de mal, mais qu’il n’a rien fait de "déplacé". Et comme on voit, littéralement, que cela s’applique aussi à Dieu, nommé pour dire que le premier malfaiteur n’en a aucune crainte, l’affirmation devient claire : en tout, jusqu’à la croix du Fils, Dieu a agit en pleine justice, selon ce qu’il avait annoncé par les prophètes, accomplissant sa parole avec droiture et fidélité parfaites.

Cette proclamation de la foi ne vous rappelle personne ? C’est celle des Apôtres, Pierre en tête, après la Pentecôte. Ainsi, les deux malfaiteurs représentent-ils les disciples, avant et après le don du salut par la foi au Fils de Dieu venu dans la chair et mort sur la croix pour notre rédemption et celle de tous les hommes.

Jésus, pourtant, semble corriger la parole du "bon larron", ou du moins la préciser, lorsqu’à la demande : "Souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne" il répond : "Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis."

Inaugurer mon règne ?, dit en somme Jésus, C’est exactement ce que je suis en train de faire, en mourant sur la croix. En effet, comme il est écrit, le Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix, c’est pourquoi Dieu l’a exalté, il l’a ressuscité, et il l’a établi au-dessus de tout. C’est donc la mort de Jésus qui le fait "entrer dans son règne" et, comme roi, c’est là qu’il exerce son pouvoir de grâce en faveur de tous les hommes. Donc, si cela a un sens de dire que Jésus "se sauve lui-même", c’est justement en acceptant son chemin jusqu’à la mort de la croix qu’il le fait, car c’est ainsi qu’il reste fidèle à son Père qui donne la vie.

Mais, au fait, le Paradis, où est-ce ? Au ciel ? Sûrement pas ! Car, le jour même de la crucifixion, après sa mort, où se trouve Jésus, sinon au tombeau ? Le mot paradis, d’origine persane, est utilisé par le grec pour désigner le Jardin de la Genèse au milieu duquel trônait l’arbre de vie, lieu de délices planté par Dieu pour que l’homme y soit heureux. Mais, à cause du péché, l’homme en fut chassé, et il fut soumis à la mort. Ainsi, couché dans la terre, le corps de Jésus mort, uni comme toujours et à jamais au Verbe de Vie, est ce Jardin bien clos enfin rouvert à l’homme : quiconque meurt avec lui repose aussi en lui, en paix jusqu’au jour de la résurrection.

C’est vraiment la mort de cet homme, Jésus, qui est le salut pour lui et pour tous les hommes. Parce qu’il est Dieu, il a fait de la mort même, de la sienne, la vie pour tous. C’est pourquoi saint Bernard dit : "Ombre est la lumière de Dieu."

Pouvons-nous comprendre cela ? Jeunes ou vieux, nous ne le pouvons pas plus qu’un bébé. Mais si, comme lui, nous nous laissons enseigner cœur à cœur par l’amour que Dieu nous témoigne, nous pouvons le recevoir dans la foi.

Jésus est né, il a vécu, il souffert et il est mort pour rejoindre et sauver notre vie en tous ses états, pour y régner, là même où le Mauvais avait cru triompher, afin qu’au dernier jour tous ceux qui auront espéré sa venue dans la gloire soient établis tout entiers en lui pour une éternité de délices.

Et c’est exactement ce qu’il est en train de faire maintenant pour nous, si nous accueillons ce don par la foi, à la gloire de Dieu le Père.