Dimanche 18 novembre 2007 - 33e dimanche de l’année C - Baptême d’un petit enfant

Qui sont les plus heureux : ceux qui travaillent ou ceux qui ne font rien ?

Malachie 3,19-20a - Psaume 97,5-9 - 2 Thessaloniciens 3,7-12 - Luc 21,5-19
dimanche 18 novembre 2007.
 

Qui sont les plus heureux : ceux qui travaillent ou ceux qui ne font rien ? Question piège ? Bien sûr, le bon sens confirme ce que Qohélet énonce depuis des siècles : travailler est essentiel au bonheur de l’homme. C’est pourquoi les parents ne pas tranquilles tant que leur rejeton n’est pas en mesure de gagner sa vie par lui-même. Et qui ne connaît la fierté et l’enthousiasme d’un premier salaire ! Mais nous savons aussi à quel point le travail peut tourner mal quand il se fait pénible, forcé, toxique ou dégradant au point d’être vécu comme un esclavage et une destruction.

D’ailleurs, nous aimons voir le fruit de notre ouvrage et nous nous réjouissons qu’il demeure, mais rien ne saurait durer toujours. Tout passe en ce monde, toute œuvre subit l’usure inexorable du temps et la mort finit par avoir raison de tout homme. Vivre n’est jamais que repousser la mort, en somme : comme les habitants de certaines régions littorales gagnent du terrain sur la mer, tous nous gagnons notre vie sur la mort.

Notre vie est une “vie quand même”, reçue et transmise obstinément en dépit de la mort inlassable. Mais la “vie elle-même” s’est manifestée précisément dans l’événement de la destruction de la “vie quand même” lorsque Jésus est mort sur la croix. Toutes les catastrophes du monde sont récapitulées en celle-là, la plus grave et mystérieuse de toutes. Ici s’indique que la fin du monde, sa finalité, n’est pas dans la catastrophe mais au-delà, dans la résurrection qui s’effectue comme une nouvelle naissance. Déjà, du point de vue de la vie naturelle, cette nouveauté radicale s’annonce en toute naissance par la traversée dramatique qu’est le passage de la vie intra-utérine à l’existence commune. Ainsi le baptême est-il le passage à une vie de ressuscité, c’est-à-dire à une existence qui se tisse et se construit par-delà la mort au péché et qui n’aura pas de fin : la vie éternelle.

Les baptisés portent témoignage à cette Vie qui s’est manifestée en Jésus Christ. Ils le font non pas en méprisant la “vie quand même”, mais au contraire en la respectant et en la défendant aussi quand les hommes veulent la supprimer tant ils en ont peur : enfants qui s’annoncent handicapés ou handicapants, vieillards ou grands malades atteints dans leur chair ou dans leur esprit, on prétend honorer la vie en voulant leur donner la mort ! Et l’on prend les chrétiens en haine lorsqu’ils dénoncent cette culture mortifère en appelant les hommes à plus d’humanité. C’est ainsi, par exemple, qu’ils sont « détestés de tous à cause du Nom » du Seigneur.

Mais c’est leur gloire et leur devoir de témoigner en faveur de celui qui « n’avait plus visage d’homme » sur la croix à cause du péché de tous. C’est ainsi qu’ils travaillent à l’édification du Temple qui ne sera jamais détruit : le Corps du Christ. Même à ceux qui ne peuvent rien faire aux yeux des hommes, enfants, malades ou infirmes, il est donné le bonheur de travailler à la naissance du Royaume, par la foi et la prière insistante. C’est pourquoi nous relevons la tête lors même que les catastrophes s’abattent sur nous.

Heureux les ouvriers de l’Évangile : par leur persévérance ils gagnent la Vie du monde.