Éditorial du dimanche 25 novembre 2007 - Christ, Roi de l’univers

BIENHEUREUSE DÉFAITE

2 Samuel 5,1-3 - Psaume 121,1-7 - Colossiens 1,12-20 - Luc 23,35-43
dimanche 25 novembre 2007.
 

Il n’était pas du menu fretin, ce gibier de potence, pour avoir droit au podium en ce jour-là ! Les Romains n’auraient pas pris la peine de crucifier le “Bon larron”, non plus que le mauvais d’ailleurs, si ses méfaits n’avaient pas été suffisamment considérables pour qu’il représente un cas intéressant de châtiment exemplaire. Tout laisse supposer que cet homme, appelé “malfaiteur” par saint Luc, est un criminel endurci. Sa conversion soudaine dans la situation de détresse où il se trouve n’en est que plus stupéfiante.

Déjà, la révolte de son compagnon d’infortune peut nous impressionner : il trouve la force de défier le Christ à l’heure où tout homme ordinaire se décompose en gémissements horribles, anéanti par le supplice et l’humiliation. À plus forte raison nous devons nous étonner de celui dont la force de caractère s’exprime dans une confession inespérée : « Pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. » Plus encore, il reconnaît la sainteté de Jésus crucifié !

L’échec et la souffrance sont une défaite de l’homme atteint dans sa force et l’estime de soi. Sa réaction normale est de révolte ou de désespoir, selon ses capacités et les possibilités qu’offre la situation. Mais cette brèche peut aussi bien servir à laisser entrer Dieu dans un cœur qui s’y refuse depuis le péché de nos premiers parents. Il faut profiter d’une défaite pour laisser briser en soi la dureté qui s’oppose à la grâce : orgueil, volonté de puissance, autojustification et jugement sans pitié pour autrui.

Celui que nos péchés ont crucifié au milieu de nous sait bien que notre méchanceté n’est que le revers de notre misère : la dureté de notre cœur cache l’infirmité de notre être faillible, nos carapaces de vertus prétentieuses et de mépris hautain trahissent en voulant la compenser la fragilité de notre colonne d’humanité. C’est pourquoi Jésus dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » Reconnaissons donc la force divine de celui sur qui le mal n’a pas eu de prise et confions-lui notre faiblesse.

Oui, ce crucifié entre deux bandits, c’est l’invincible racheteur de nos âmes, le Roi infiniment doux devant qui nous pouvons poser le fardeau de nos pauvres ambitions terrestres de pouvoir et d’honneur qui nous poussent à nous mordre et déchirer les uns les autres. Que la croix du bon larron nous instruise : tout homme extrêmement éprouvé peut mettre à profit cette épreuve pour se convertir à la miséricorde de Dieu. Bienheureuse défaite de celui qui se laisse dépouiller de lui-même pour revêtir l’Amour !