Dimanche 30 décembre 2007 - La Sainte Famille - Année A

Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance

Siracide 3,2-6.12-14 - Psaume 127,1-5 - Colossiens 3,12-21 - Matthieu 2,13-15.19-23
dimanche 30 décembre 2007.
 

« Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance » : ainsi s’énonce l’article 212 du Code civil. Le vocabulaire juridique n’est pas forcément clair. Plus simplement, cela veut dire que chacun devra aider et soutenir l’autre de tout son cœur, tout le temps et dans tous les cas. Voilà ce à quoi devrait bien réfléchir tout candidat au mariage.

Je distingue “aider” et “soutenir” pour mettre en évidence une différence importante. On peut aider quelqu’un à porter une charge lourde ou encombrante, ou même la porter pour lui. Mais parfois il est impossible d’agir à la place de l’autre. Ainsi, l’homme ne peut porter ni mettre au monde les enfants à la place de la femme, il ne peut que la “soutenir” dans cette aventure, moralement en particulier. Réciproquement, il faut aussi que la femme comprenne qu’elle ne peut se faire le père de ses enfants à sa place. Elle ne peut que le soutenir dans ce rôle, ce qui est fort nécessaire au demeurant, car le refus de ce soutien ruine la paternité.

D’une certaine manière, il en va de même pour Dieu avec l’homme. Vous avez entendu dans l’évangile l’Ange dire à Joseph : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère. » Ne pourrait-il le faire à sa place ? Eh bien non. Joseph doit tout faire lui-même, tout ce qui lui incombe. Son obéissance libre et active était nécessaire à la réalisation du salut de l’humanité.

Dieu ne peut faire à la place de l’homme ce qui lui revient en propre. Il ne peut se convertir à notre place. Dieu ne peut pas “s’aimer” à notre place. Chacun est le seul à pouvoir se donner lui-même. Voilà pourquoi il est nécessaire que nous aidions Dieu à nous sauver.

Certes, c’est Jésus qui va tout faire : lui seul sauve les hommes du péché et de la mort. Mais en lui qui est Dieu et homme, pour ce qui est de souffrir et de mourir, c’est l’homme qui fait tout, puisque Dieu est impassible et immortel. Et pourtant, par les souffrances et la mort de l’homme Jésus, c’est Jésus Dieu qui nous sauve, puisque seul Dieu peut sauver. L’unité des deux natures en l’unique personne de Jésus réalise parfaitement ce que signifie la communion : un amour tel que ceux qui s’aiment mettent tout en commun au point que ce qui appartient en propre à l’un soit vraiment aussi à l’autre.

Le point le plus profond et le plus bouleversant du mystère du Christ et de l’Église est ainsi qu’il la “soutient” au point de se faire en quelque sorte solidaire de son péché, pour l’en libérer et se la présenter à lui-même comme une épouse sainte et immaculée. Lui, le Saint, supporte le péché des hommes en s’offrant sur la croix au point que l’Apôtre écrit : « Il a été fait péché pour nous ». Mais c’est ainsi qu’il est vainqueur du péché par l’amour, c’est pourquoi l’Apôtre poursuit : « afin que nous devenions justice de Dieu en lui. » Car, la justice de Dieu est cette parfaite communion d’amour où chacun se donne tout entier à l’autre.

Le modèle et la source de toute communion est celle des trois personnes divines en un seul Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. Chaque personne divine est proprement elle-même et non l’une des deux autres. Mais chacune se donne parfaitement aux deux autres, en sorte que chacune est aux autres dans l’unité d’un seul Dieu. Or, Dieu a créé l’homme homme et femme à son image, c’est pourquoi l’archétype de toute communion humaine est l’amour de l’homme et de la femme unis dans le mariage, d’où découle la solidarité familiale qui lie le couple parental à ses enfants et les enfants entre eux. L’humanité tout entière est ainsi appelée à former une seule famille unie dans une véritable communion d’amour, l’Église.

La Sainte famille de Jésus, Marie et Joseph nous apprend ce qu’est l’Église. Elle est comme le sacrement de cette vocation de toute l’humanité, vocation qui s’origine en Dieu et se réalise dans l’union du Christ et de l’Église. La Sainte famille est déjà la réalisation de cette vocation pour ses trois membres, elle en est définitivement le moyen pour tous leurs frères humains.

Mais c’est l’Église elle-même qui est « comme le sacrement du salut », ainsi que l’énonce le concile Vatican II. Frères, nous sommes de vrais fils de l’Église, dignes du nom de chrétiens, si nous remplissons les devoirs qui découlent de notre baptême et de notre consentement de foi : nous nous devons alors les uns aux autres respect, fidélité, secours et assistance, comme le Christ l’a fait pour nous tous. Ce qui nous est demandé là est impossible pour l’homme. Mais à Dieu, il est possible de nous en rendre capables. Supportons-nous donc avec amour, jusque dans nos défauts et même nos péchés, non pour les approuver, mais pour contribuer plus efficacement à leur pardon et à notre sanctification.

En fêtant la Sainte famille aujourd’hui, prenons la résolution d’accomplir fidèlement nos devoirs d’assistance et de soutien mutuel, portés par l’amour merveilleux de Dieu dans l’espérance du bonheur éternel.