Dimanche 3 janvier 1999 - Épiphanie du Seigneur

"Qu’est-ce qui vous plaît tant en moi, vous, la rose et le renard ?"

Isaïe 60,1-6 - Psaume 71,1-2.7-8.10-13 - Éphésiens 3,2-3.5-6 - Matthieu 2,1-12
dimanche 3 janvier 1999.
 
"Qu’est-ce qui vous plaît tant en moi, vous, la rose et le renard ?", aurait pu demander le Petit Prince. En effet, pourquoi la rose est-elle si heureuse de se faire soigner par le Petit Prince, pourquoi le renard est-il si désireux d’être apprivoisé par lui ? Est-ce parce qu’il est joli, et gentil, et Prince ? Sans doute, mais, au-delà de tout cas particulier, il y a là une des grandes énigmes du monde. Pourquoi les animaux sont-ils donc si enclins à accepter la domination de l’homme, et même à la rechercher, alors que, bien souvent, l’homme se montre mauvais maître ? Et, ce qui est le cas notoirement pour les animaux ne l’est-il pas, au fond, aussi pour les plantes ? Après tout, la rose, dans sa beauté, n’est ce qu’elle est que parce que l’homme, avec patience et passion, s’en est occupé comme il l’a fait. Voilà l’énigme heureuse du monde : le goût de la création pour le règne de l’homme, un règne qu’elle espère toujours bienfaisant. Et le goût de l’homme pour le règne de l’homme, qui se manifeste en particulier dans la façon merveilleuse dont l’homme et la femme savent s’aimer, quand ils savent. L’énigme heureuse du bon règne de l’homme est moins souvent évoquée que l’énigme malheureuse du mal dans le monde. Pourtant, si l’on avait l’esprit de se représenter d’abord la première, n’en serait-on pas plus sage et plus lumineux pour aborder la seconde ? Les mages chaldéens étaient maîtres en énigmes. Ils savaient bien formuler les questions et trouver de bonnes réponses. En particulier, ils scrutaient les astres. Au fait, les étoiles ne représentent-elles pas, pour l’homme amoureux de leur mystérieux éclat, la profonde énigme de la domination du ciel sur la terre ? Lorsque l’étoile s’arrête au-dessus de l’enfant, les mages trouvent le secret des profondeurs du coeur de l’homme : le désir du règne de Dieu. Jésus, Verbe fait chair, est à la fois la manifestation et la satisfaction merveilleuse de ce désir inépuisable. Voilà ce que nous célébrons aujourd’hui dans la foi de l’Eglise. Le désir du règne de Dieu, désir qui demeure en chaque homme, voilà ce qui rend l’homme si désirable, voilà la raison du goût de la création pour la domination de l’homme, voilà le secret de l’amour. "Laissez venir à moi les petits enfants." Tout homme est attiré vers Jésus. Pourquoi cela n’est-il pas évident ? Parce que les hommes ne donnent pas cours au meilleur d’eux-mêmes. Les mages se sont mis en route : ils nous sont pour cela donnés en exemple. En Jésus ils ont trouvé la réponse : cherchez et vous trouverez. Jésus, vrai Dieu et vrai homme, est celui qui ne cesse de désirer le règne du Père sur sa vie, et d’être pleinement exaucé : il est, pour nous, le but et le chemin. Nous sommes comme lui quand nous accueillons l’Esprit Saint et, en lui, nous sommes le Bien Aimé que comble le Tout Puissant. Voilà les noces de l’Agneau, le mystère de l’amour nuptial du Christ et de l’Eglise, unis dans l’amour du Père. Prenons le chemin des mages : l’écoute de la Parole dont témoigne l’Ecriture, et sa mise en pratique. Tout le malheur de l’homme vient de ce qu’il ne prend pas ce chemin, le seul qui peut lui donner la paix. Nous qui le connaissons, heureux sommes-nous si nous le prenons : le monde sera attiré vers nous, parce qu’il l’est vers le Père. Car ce que nous aimons en Dieu est en nous, si seulement nous en prenons le chemin.