Dimanche 6 janvier 2008 - Épiphanie du Seigneur - Entrée en catéchuménat de trois enfants du catéchisme

Vous voir, vous parler, vous séduire, vous aimer, tel est mon bon désir. Qui suis-je ?

Isaïe 60,1-6 - Psaume 71,1-2.7-8.10-13 - Éphésiens 3,2-3.5-6 - Matthieu 2,1-12
dimanche 6 janvier 2008.
 

"Vous voir, vous parler, vous séduire, vous aimer, tel est mon bon désir. Qui suis-je ?" Évidemment, il s’agit d’un amoureux. Mais normalement son projet doit rester secret, que ses intentions soient pures ou non : si c’est pour mal faire, on s’avance masqué, et si c’est sincère, on ne prendra pas le risque de se déclarer ainsi d’emblée.

Le mouvement de l’amour, en effet, est une approche progressive. Le chemin de la convergence est balisé de cadeaux croisés, de compliments audacieux et de démonstrations de force ou de beauté, chacun ne se risquant à surenchérir qu’à mesure que l’autre l’y incite, jusqu’à ce que vienne peut-être la déclaration lorsque son acceptation paraît assez probable.

La démarche des Mages est une déclaration. Les présents qu’ils déposent devant l’enfant qu’ils sont venus adorer représentent les trois types de dons que je viens d’évoquer. L’or signifie les biens précieux, l’encens les louanges, et la myrrhe le pouvoir de plaire. En effet, cet aromate employé pour l’embaumement des corps évoque l’incorruptibilité, et donc l’éternelle jeunesse, avec sa force et sa beauté.

La richesse, la gloire et le pouvoir sont ce que tous les hommes désirent. L’usage de ces biens au service de la quête amoureuse indique que les désirs sont ordonnés au seul qui puisse les relativiser tous : le désir de l’autre. La démarche des Mages, représentants de tous les peuples de la terre, dévoile de quel Autre il s’agit au plus profond de l’homme : c’est Dieu lui-même que nous aspirons à aimer.

Nous pensons parfois qu’être chrétien signifie ne plus être intéressé par ce qui attire les hommes. Mais la richesse, la gloire et le pouvoir ne sont pas à rejeter, et le désir de ces biens n’est pas mauvais. Les réalités créées sont bonnes et leur désir est bon, seulement le mal s’y est mis.

Le péché venu dans le monde a perverti notre cœur, et nous avons connu la peur de l’autre qui nous fait craindre de l’aimer, car il pourrait tirer avantage de cette dépendance qui nous met à sa merci pour nous faire du mal. La pire et la première des méfiances venues entre nous est celle qui nous écarte de Dieu. Le désir de lui n’est pas éteint au plus profond de notre cœur, mais refoulé jusqu’à pouvoir être nié.

Dieu ne nous a pas abandonnés, car son désir de nous, de nous aimer et de notre amour, ne s’est pas laissé éteindre par la défiguration du péché. Il s’est approché de nous progressivement, prenant humblement le chemin des hommes tombés au pouvoir du mauvais, il est entré dans l’histoire d’une Alliance marquée par des échanges de cadeaux, de compliments audacieux et de manifestations de force ou de beauté, jusqu’à la déclaration définitive et définitivement acceptée qui se réalise en son Fils venu dans notre chair.

L’adoration des Mages est la prophétie de l’acceptation de l’amour de Dieu par l’humanité entière. Mais leur démarche est d’abord l’irrévocable déclaration d’amour de Dieu à son peuple Israël, à Jérusalem, en dépit de son refus : elle est l’accomplissement de sa promesse, celle que nous venons d’entendre dans le passage du livre d’Isaïe proclamé en première lecture.

Dieu est fidèle : il ne reprendra pas sa parole. Il a pris tous les risques de l’amour en se déclarant entièrement alors que nous étions encore ses ennemis, il les a assumés jusqu’à la croix du Christ donnant sa vie pour l’Église, pour se la présenter à lui-même comme une épouse sainte et immaculée, délivrée de son péché par ce sacrifice inouï.

C’est pourquoi je vous le dis, à vous qui prenez le chemin du baptême dans la mort et la résurrection du Seigneur, n’ayez pas peur de devenir chrétiennes. Ce n’est pas un refus de la vie qui vous est proposé, mais sa guérison et sa réussite. Vos désirs humains de richesse, de gloire et de pouvoir, de force et de beauté, ne seront pas brimés et réprimés, mais ordonnés au désir de Dieu et ainsi purifiés de tout mal. Même si vous devez renoncer et souffrir en quelque manière à cause du Christ - et vous le devrez certainement - vous n’en serez que plus heureuses, car lui-même sera votre récompense. Voyez ceux qui ont renoncé à beaucoup de bonnes choses pour suivre le Christ dans une vocation particulière : ce sont de grands amoureux devant l’Éternel, et ils sont comblés au-delà de ce qu’ils savent dire eux-mêmes.

Vous m’avez répondu, quand je vous ai demandé ce qui vous attirait vers le baptême au début de cette célébration : le Père, l’Esprit Saint et le Fils. Vous m’avez fait cette réponse à trois voix, parlant l’une après l’autre, alors que rien n’avait été préparé en ce sens, et j’en suis encore tout étonné. Vraiment, je vous ai entendu dire successivement, Églantine : « Dieu le Père », Karelle : « l’Esprit » et Aude : « le Fils », et je n’en revenais pas, moi qui avais prévu de prêcher sur le désir de Dieu.

Oui, c’est Dieu lui-même qui vous déclare aujourd’hui : « Vous voir, vous parler, vous séduire, vous aimer, tel est mon bon désir. » Acceptez ce don auquel tout homme aspire, ce sera pour votre bonheur éternel.