Dimanche 10 janvier 1999 - Baptême du Seigneur Année A

Voulez-vous danser ?

Isaïe 42,1-4.6-7 - Psaume 28,1-4. 9-10 - Actes 10,34-38 - Matthieu 3,13-17
dimanche 10 janvier 1999.
 

Voulez-vous danser ? Bien sûr, ce n’est pas le moment, mais il y a un temps pour danser, pour suivre la musique en mesure. Danser, c’est important : c’est avoir confiance en son corps et le lancer dans le mouvement où il s’unit aux autres.

Vous ne savez pas danser ? Cela s’apprend, comme tout. Les personnes incapables de danser ne sont pas plus nombreuses que celles qui ne peuvent marcher. Et celles qui ne peuvent chanter, pas plus que celles qui sont incapables de parler. Il faut chanter juste, certes. Mais cela s’apprend très bien. On danse avec plus ou moins de grâce, sans doute, mais chacun n’a-t-il pas sa démarche ? Et cette diversité nous enchante.

Hélas, notre éducation française, gravement cérébrale, est parfois bien déficiente pour ce qui est simplement humain et constitue la base du reste. Hélas, nous apprenons furieusement à savoir et à calculer, et si peu à comprendre et à converser.

Au fait, qu’est-ce que Jésus a appris, lui ? Dimanche dernier, il était là, bébé dans la crèche, et voici qu’aujourd’hui il se présente au baptême de Jean, à l’âge d’environ trente ans. Pourtant, il a bien été petit enfant, grand garçon, adolescent et puis jeune homme. Or, de tout cela, que savons-nous ? Presque rien. Ou pratiquement tout. Nous savons l’essentiel.

L’essentiel est dans cette phrase que vous venez d’entendre : "Pour le moment, laisse-moi faire, c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste." Pour être précis, en grec, c’est "laisse aller" et non "laisse-moi faire" et, pour rendre tout le sens du mot traduit par "pour le moment", on pourrait préférer l’expression "dans cette mesure", qui peut se comprendre comme une limitation à un laps de temps ou comme une restriction de portée.

Le secret que nous livre ici Jésus est que l’on peut accomplir parfaitement ce qui est juste en toute circonstance, en vivant simplement le moment présent comme il faut le vivre, selon sa mesure. Et c’est bien ce qu’il a fait, lui-même du début à la fin de sa vie. Prendre la vie comme elle vient et la vivre de son mieux, n’est-ce pas là simplement la sagesse des nations, la vertu des païens ? Si, justement. C’est pourquoi Pierre dit : "Dieu ne fait pas de différence entre les hommes : mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste." Quelle est, alors, la différence entre les chrétiens et les autres ?

Pour le païen, ce qui arrive est "le destin". Et la main du destin, à laquelle on n’échappe pas, se fait tour à tour caressante et flatteuse, lorsqu’elle nous porte au pinacle, ou dure comme fer, quand elle nous broie.

Pour Jésus, la main du Père qui le conduit en tout temps, aux moments de gloire comme à l’heure de l’épreuve, est cet Esprit qui se pose sur lui comme une colombe : onction de douceur et de légèreté, de paix et d’amour, de bienveillance et d’approbation.

C’est avec la même reconnaissance de paix et d’amour que Jésus a tout accepté de la main de son Père : ainsi il a dansé et bu à Cana, il a exulté en voyant les pauvres de Dieu accueillir la bonne nouvelle, il a lutté au jardin jusqu’à verser une sueur de sang, il a souffert sur la croix et il est mort.

Car le Fils de Dieu le sait : en tout cela il y a un compositeur, un chef d’orchestre, un maître de ballet, qui connaît la partition du début à la fin, qui mène chaque pas, du premier au dernier. Le Seigneur de l’histoire, en effet, la conduit jusqu’à son accomplissement.

Voilà pourquoi tout chrétien doit vivre sa vie, aussi bien que le meilleur des païens : parce qu’il croit au Fils de Dieu venu dans la chair et qu’il espère son Jour. Ne soyons pas de ces prétendus idéalistes qui boudent la vie parce qu’ils la jugent pourrie du fond de leur propre désespoir, ni de ces faux démiurges ivres de leur pouvoir de destruction qui voudraient refaire leur monde à leur façon.

Voulez-vous vivre ? Voulez-vous danser votre vie avec les anges ? Acceptez-la, vivez-la de votre mieux. C’est ainsi que vous accomplirez parfaitement ce qui est juste, dans le Christ Jésus.