Dimanche 13 janvier 2008 - Baptême du Seigneur Année A

Ça promet !

Isaïe 42,1-4.6-7 - Psaume 28,1-4. 9-10 - Actes 10,34-38 - Matthieu 3,13-17
dimanche 13 janvier 2008.
 

Ça promet ! Si ça commence comme ça, qu’est-ce que ce sera ! Les débuts sont révélateurs, surtout chez celui qui ne trompe pas.

Aujourd’hui nous est présentée l’entrée en scène de Jésus qui entame sa vie publique. Que pouvons-nous remarquer ?

Premièrement, avant même qu’il ait ouvert la bouche, Jésus est entraîné en pleine discussion : « C’est moi qui ai besoin de toi, proteste le Baptiste, et c’est toi qui viens à moi ! » Étonnement, controverse et paradoxe surgissent d’emblée à la face du Messie.

Deuxièmement, nous assistons pour le moins à un grand écart. Jésus, individu quelconque au sein de la foule attirée par Jean, prend son tour dans la file de ceux qui vont recevoir le baptême de conversion en vue de la rémission des péchés, se laisser plonger dans l’eau en signe de la mort qu’ils reconnaissent mériter à cause de leurs fautes, avouant qu’ils ne peuvent plus que s’en remettre à la miséricorde de Dieu pour échapper par grâce au juste châtiment qui les attend. Et voici que sur lui s’ouvre le ciel et descend l’Esprit, ainsi que la voix du Père qui le proclame chéri et parfait Fils.

Troisièmement, s’il semble que cette vision et cette voix puissent être perceptibles à d’autres autour de lui, elles lui sont pourtant clairement destinées personnellement. Au cours de cette scène publique, il se passe quelque chose de privé, d’intime, qui touche l’intériorité de Jésus.

Nous qui connaissons la suite de l’histoire, telle que Pierre l’expose sommairement aux assistants dans son discours chez le centurion Corneille, nous pouvons voir comment ce qui s’inaugure au baptême du Seigneur se développera et s’accomplira au cours de son ministère.

D’abord, Jésus ne cessera de débattre et discuter, en butte à la contestation de ses adversaires ou à l’incompréhension de ses disciples. En effet, venu « guérir ceux qui étaient sous le pouvoir du démon », il accomplira cette œuvre comme un combat constant, une lutte de libération de l’homme tombé dans l’erreur et le péché.

Ensuite, au terme de son chemin terrestre, ce ne sera plus seulement un grand écart qu’il manifestera, mais l’immense contradiction, l’incroyable oxymore de la croix : le Fils éternel de Dieu qui partage sa gloire mis au supplice des esclaves immondes jusqu’à la mort. Et là est sa victoire totale et définitive sur le Mal ! Car ainsi devait se réaliser le véritable baptême du Christ, prophétisé seulement par celui qu’il reçut de Jean.

Enfin, cet événement, pour être public et de portée universelle, n’en est pas moins une histoire vécue personnellement de bout en bout par cet homme « avec qui était Dieu », une histoire d’amour entre le Père et le Fils dans l’unité de l’Esprit Saint. Et cette histoire s’inscrit dans celle de Dieu avec son peuple Israël, qu’il a choisi et conduit comme un père éduque son fils chéri, une histoire d’amour irrévocable dans les joies et dans les peines, ainsi qu’en témoignent les chants du Serviteur au Livre d’Isaïe dont vous venez d’entendre un passage en première lecture. En effet, si ce Serviteur est bien la prophétie du Christ Jésus, il n’en est pas moins d’abord le peuple fidèle ainsi qu’un mystérieux personnage dont nous ne savons rien de plus, mais dont la relation intime avec le Seigneur fut très réelle, dans l’intériorité de sa foi comme dans le caractère public de son service accompli au prix de grandes souffrances.

Tout l’Ancien Testament en effet, et toute l’histoire de l’Alliance dont il témoigne, est promesse. Dans le Christ Jésus, nous vivons le temps de l’accomplissement. Ce temps ne fait que commencer, et ce que nous en vivons aujourd’hui en promet bien plus, si nous sommes fidèles et constants dans l’espérance.

Mais ne vous y trompez pas : il s’agit de suivre le Christ sur le chemin qui nous est révélé au prix de sa vie. Chacun de nous est invité à entrer dans l’histoire d’amour du Père et du Fils, personnellement. Certes, nous sommes portés par l’amour parfait du Christ et de l’Église - en-dehors de cette Alliance nouvelle et éternelle, nous ne pouvons absolument pas connaître le Sauveur - mais nous n’en devons pas moins répondre à un amour qui se livre tout entier par un même amour. Croyez-vous que l’on puisse jouir, en quelque sorte, des biens de la religion sans payer de sa personne, se contenter d’une pratique publique sans se risquer dans son intimité et son intériorité ? Attention : on ne se moque pas de Dieu !

Mais à qui s’offre avec confiance, le Seigneur ouvre ses fontaines de grâce. Le Baptême dans sa mort nous fait franchir les portes de la Vie, avec la Confirmation qui nous comble de l’Esprit et l’Eucharistie où le Christ nous nourrit de lui-même - comment peut-il prétendre aimer le Seigneur, celui qui ne va même pas à la messe le dimanche ! - le pardon des péchés renouvelé dans la Pénitence, les sacrements qui construisent le Corps, l’Ordre et le Mariage, et jusqu’à l’Onction dernière où le chrétien est comme consacré pour la fin de sa vie mortelle.

Voilà ce que promet le baptême du Seigneur : notre délivrance du mal par un Amour invincible qui nous accompagne au long de notre chemin de fidélité sur la terre et nous attend au terme pour le bonheur éternel.