Dimanche 20 janvier 2008 - Deuxième dimanche Année A

Avez-vous le profil du poste ?

Isaïe 49,3.5-6 - Psaume 39,2.4.7-11 - 1 Corinthiens 1,1-3 - Jean 1,29-34
dimanche 20 janvier 2008.
 

Avez-vous le profil du poste ? Pour le savoir, il faut comparer le descriptif et l’homme. Mais dès que le poste revêt quelque importance, le descriptif prend facilement un tour dithyrambique. C’est alors tout un art d’interpréter les prétentions avec juste mesure. Par exemple : « La maîtrise de plusieurs langues vivantes sera nécessaire. » Et le verlan, ça compte ? C’est peu probable, mais qui sait. Ou encore : « Une expérience de plusieurs années dans le secteur est requise. » Et l’expérience de mon père, et celle de mes ancêtres, cela fait-il l’affaire ? Pourquoi pas ?

En outre, une personne réelle est toujours plus et moins que son profil sur le papier. Pour une fonction prestigieuse, on estimera que certains titulaires “flottent dans le costume”. D’autres le rempliront au point qu’on les accusera au contraire de le déformer. Certes, certains hommes transforment les fonctions qu’ils viennent à occuper, il arrive même qu’ils les créent.

Ainsi l’Ancien Testament a-t-il taillé plus d’un costume pour « Celui qui doit venir », comme dit le Baptiste, dont les plus populaires relevaient d’une création de rôle par des personnages exceptionnels. Moïse, le “sauveur d’Israël”, ayant annoncé dans le Deutéronome : « le Seigneur vous enverra un prophète comme moi », beaucoup attendaient la venue du “grand prophète”. Élie, qui « brûla comme un feu, ferma le ciel à sa parole et le rouvrit », devait revenir lui-même, croyait-on. Enfin, si l’on espérait la venue d’un “Messie”, c’était surtout en référence au roi David. Le Seigneur avait promis de donner son trône à un de ses descendants, et l’on pensait bien qu’il s’agirait de quelqu’un comme lui, plutôt en mieux : on misait beaucoup sur ce “fils de David” à venir.

Jésus vient. Il remplit si bien tous ces “costumes” qu’il les redéfinit et leur donne leur véritable forme en sa personne. Il déconcerte profondément ses contemporains, en particulier il déçoit certaines attentes populaires ou savantes. Le Baptiste aussi s’est montré perplexe. En saint Jean, dans notre évangile d’aujourd’hui, il donne trois titre à Jésus : les deux premiers sont inédits et très originaux, le troisième au contraire est trop connu, si l’on peut dire.

« L’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » : que pouvait donc comprendre Jean à cette formule stupéfiante ? “L’agneau”, cela voulait dire beaucoup de choses, mais “de Dieu”, quelle surprise ! “Enlever le péché”, on en avait une idée, mais “du monde” ! Des kilomètres de bibliothèque ont été consacrés au sujet et il reste mystérieux. En fait, plus que d’un titre nouveau, il s’agit là d’un programme de lecture de toute l’Écriture, Ancien et Nouveau Testament, d’une notation à la clef pour écouter toute la Parole comme une symphonie inspirée pour et par Jésus.

La figure de Jean représente la synthèse de “La loi et les prophètes”, ce témoignage en creux à la fois indispensable pour reconnaître en Jésus celui que Dieu avait promis et incapable de le décrire à l’avance. C’est seulement en voyant Jésus dans la plénitude de la lumière de la foi pascale que l’on comprend ce que signifiaient les titres et les noms qui l’annonçaient. Voilà pourquoi Jean atteste par deux fois : « Je ne le connaissais pas. » Ce n’est qu’en Jésus mort et ressuscité que nous pouvons comprendre ce que signifie « Fils de Dieu », par-delà tous les emplois plus ou moins provisoires ou abusifs de l’expression dans l’histoire, qu’il est venu pourtant confirmer au-delà de toute espérance.

En effet, mes frères, croyez-vous que vous aviez le profil du poste ? Pensez-vous que vous avez été faits “fils de Dieu” parce que vous le méritiez ? Pourtant, c’est ainsi que vous êtes appelés, et vous l’êtes vraiment par la grâce du baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit Mais peut-être flottez-vous un peu dans le costume ou dans la robe ? Allons, laissez Dieu ranimer le don qu’il vous a fait, vous relancer dans la foi et votre vocation sainte.

Rendez-vous compte, frères bien-aimés, quel miracle de la puissance de Dieu constitue le fait que nous croyions en Jésus, cet homme mort il y a deux mille ans et que nous savons vivant au milieu de nous pour nous instruire, nous guider, nous sanctifier et nous unir ! Voilà ce que signifie « Celui qui baptise dans l’Esprit Saint », et non quelque prétention à un rite nouveau et meilleur que celui qui fut donné à nos pères. Nous devons nous laisser plonger toujours plus profondément dans cet Esprit de Dieu qui nous purifie du péché, nous sanctifie et fait de nous son Église.

Nous sommes l’Église, frères, répandue à travers le monde pour lui annoncer le salut par l’Agneau de Dieu qui enlève son péché. Nous parlons donc toutes les langues vivantes et notre expérience est bien plus ancienne que notre âge ne le laisse supposer, car dans la communion des saints nous sommes unis à nos pères dans la jouissance du patrimoine incomparable de l’histoire du salut. Mais nous perdrions tout si nous ne nous laissions pas créer à nouveau aujourd’hui par celui qui fait toute chose nouvelle, et qui donne donc un visage nouveau à son Serviteur. Gardons-nous de croire que nous connaissons tout de l’histoire, apprenons plutôt du Baptiste à nous rendre disponibles à l’inouï de celui qui vient.

C’est ainsi, dans l’unité de la foi sanctifiante qui fait de nous maintenant le Christ en personne, que nous deviendrons dignes de notre prodigieuse vocation de Fils de Dieu.