Dimanche 27 janvier 2008 - Troisième Dimanche Année A

Dans la montagne des gens vivent à l’ombre

Isaïe 8,23b à 9,3 - Psaume 26,1.4.13-14 - 1 Corinthiens 1,10-13.17 - Matthieu 4,12-23
dimanche 27 janvier 2008.
 

Dans la montagne des gens vivent à l’ombre. Ils disent qu’il faut y être né pour pouvoir le supporter. Évidemment, nous préférons le soleil ! Certes, la nuée est bienvenue contre la chaleur accablante, et la nuit pour dormir. C’est la relativité des choses. Mais le principe demeure que la lumière est bonne. Ne dit-on pas aussi de ceux qui sont en prison qu’ils sont à l’ombre ?

Jean-Baptiste vient d’être mis à l’ombre, Jésus se retire en Galilée. Il quitte l’obscure bourgade de Nazareth pour s’établir à Capharnaüm, où les gens de cette région riante et prospère auraient été bien surpris de s’entendre dire qu’ils habitaient le pays de l’ombre et de la mort.

Au fait, voilà la seule différence entre la prédication de Jean et celle de Jésus en saint Matthieu. L’évangéliste met exactement la même proclamation dans leur bouche à tous deux : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. » Mais le Baptiste, pour prêcher, s’est retiré au désert comme les justes de toujours en Israël lorsque l’impiété et l’apostasie couvraient de honte la Terre sainte tombée sous le joug des nations à cause de l’infidélité du peuple. Jésus, lui, se retire précisément au milieu des nations pour inaugurer sa prédication !

Comment comprendre ce choix qui fait toute la différence sinon comme l’indication donnée d’emblée que le Christ vient établir un Règne bien plus grand et surprenant que celui qu’on pouvait imaginer jusqu’à Jean. Nous avons entendu en première lecture l’oracle d’Isaïe repris par l’évangéliste pour le dire accompli. Or, le prophète évoquait les événements politiques de son temps : l’annexion du nord d’Israël par l’Assyrie et l’espoir que le roi fils de David à venir pourrait y rétablir son pouvoir. Mais l’évangéliste fait rentrer dans le rang l’attente, d’ailleurs déçue, d’un retour de gloire à la manière terrestre. La vraie lumière qu’annonçait sans la voir Isaïe n’est autre que celle qui se lève enfin en la personne de Jésus.

Mes amis, chaque année paraissent dix bons livres où l’auteur nous délivre “son Jésus”, le vrai message du Christ enfin révélé par sa perspicacité, par-delà les vues bornées et déformées de “l’institution”. Sachons saluer aimablement ces sympathiques tentatives sans perdre de vue la perle prise dans les cascades de verroteries.

Comme pour l’ombre et la lumière physiques, les hommes ont à l’esprit pour le bien et le mal quelques bons principes qui ne manquent pas de s’obscurcir trop rapidement dans la relativité des choses, car les affaires sont compliquées et la chair est faible. Pour dépasser les embarras communs, certains pressentent dans l’Évangile une sagesse qu’ils convoitent et tentent d’exploiter. Mais la Parole dépasse absolument les propositions de “valeurs chrétiennes”, d’éthique ou de philosophie qui s’en réclament.

Seule la Lumière véritable qui est Dieu nous révèle que tout ce que nous expérimentons de mal et de mauvais a même racine : le péché, et même origine : le Diable. Le Christ Jésus en sait quelque chose, lui qui a souffert et qui est mort pour enlever le péché du monde. Ainsi, “se convertir car le Règne de Dieu est proche” signifie se tourner vers Dieu révélé en l’Agneau Sauveur comme de pauvres pécheurs que nous sommes tous, dans la ferme espérance de sa miséricorde pour tous.

Nul n’est converti s’il ne renonce absolument à se croire juste et à juger les autres, à penser de ceux qui souffrent que c’est bien fait pour eux et des gens prospères qu’ils ont bien mérité leur prospérité. Personne n’est atteint au cœur du rayon de la Lumière divine sans qu’il tombe à genoux dans la demande du pardon de ses péchés et l’action de grâce pour tous les bienfaits dont il est comblé. Ce n’est pas une invention de l’Église pour asservir les masses, mais la vérité qui nous libère, telle que le Christ la confie à son épouse. Et qui peut le connaître comme elle lorsqu’elle écoute fidèlement l’Évangile et le comprend à la lumière de l’Esprit Saint en le mettant en pratique ?

Le salut du monde ne commence que dans et par les cœurs qui se convertissent, à la voix de l’Église, et tournent toute leur vie vers Dieu dans la vive espérance de son Règne qui vient. Si le bonheur nous est donné de le recevoir sur la montagne de la rencontre, ce n’est pas pour que nous soyons retirés de ce monde qui gémit sous le pouvoir du Mauvais, mais pour que la connaissance du salut en Jésus Christ nous libère des ténèbres et du mensonge de l’autojustification. Ainsi seulement nous pouvons entrer dans le Royaume lumineux de l’amour et de la miséricorde. Alors, plus personne parmi nous ne se vante de ses œuvres, fussent-elles grandes comme celles de Pierre, Paul ou Apollos, mais il rend grâce de toutes par Jésus Christ le Seigneur à la gloire de Dieu le Père.

Nous, les hommes, nous sommes tous nés dans l’ombre du péché et de la mort, et c’est pourquoi, hélas, nous supportons souvent d’y vivre sans même nous en rendre compte. Mais ceux qui se laissent toucher par le bouleversant mystère du Saint livré pour les pécheurs deviennent lumière pour le monde, afin qu’il croie et soit sauvé.