Mercredi des Cendres, 28 février 2001 - Entrée en Carême

On se regarde, en passant, dans les vitrines

Joël 2,12-18 - Psaume 50,3-6.12-14.17 - 2 Corinthiens 5,20 à 6,2 - Matthieu 6,1-6.16-18
mercredi 28 février 2001.
 

On se regarde, en passant, dans les vitrines. Allons, ne dites pas non, tout le monde le fait ! Ne serait-ce que pour vérifier si l’on n’est pas ébouriffé ou mal ajusté, pour s’assurer que la tenue est correcte, en somme. C’est bien pratique, non ?

Et puis, voilà qu’on se trouve beau, ou belle ; enfin, en tout cas, on se plaît. Alors on ne se lasse pas de se contempler et de se regarder encore. Ce qui n’était qu’un moyen de se débarrasser d’un souci, juste un regard en vue de se dégager l’esprit d’une préoccupation importune, devient une manie, une compulsion toujours plus fréquente et pressante. C’est malin !

La même mésaventure, au fond, arrive à ceux qui pratiquent leur religion pour être vus des hommes. En principe, il s’agit de retourner à Dieu, de se tourner vers lui, c’est le but même des actes de piété. Mais si le regard des autres est pour vous comme une vitrine où vous vous mirez, il est aussi un écran qui vous sépare de votre Père qui est aux cieux.

Toujours insatisfaits d’actes qui ne conduisent pas à celui qui peut donner la paix, vous devenez insatiables de la récompense qui vient des hommes et vous multipliez les dévotions qui vous éloignent de Dieu !

Heureux plutôt celui dont le cri traverse tout obstacle pour atteindre le Père qui voit dans le secret. Aussitôt il lui est répondu. Et qu’est-ce qu’il entend de la part du Seigneur ? Il reçoit la parole que nous allons vous dire à chacun, nous les prêtres, dans un instant : "Tu es poussière et tu retourneras à la poussière !"

Telle est la plainte, l’élégie, que fit Dieu sur Adam lorsqu’il eut désobéi et qu’il dut sortir du Jardin. Tu es poussière, je le sais, moi qui t’ai fait de tout mon cœur en te tirant du sol, moi qui t’ai modelé avec amour et animé de mon propre souffle. Je t’ai fait pour que tu vives à jamais devant moi. Et te voilà voué, à cause du péché, à la souffrance et à la mort !

Souviens-toi de cela et reviens à moi : ainsi, même si tu meurs, tu vivras. Car j’ai donné mon propre Fils afin qu’en sa mort tous puissent trouver le pardon et la guérison, et qu’à la source très sainte de son corps livré ils puisent l’Esprit qui sanctifie et donne la Vie.

Tout notre carême, frères et sœurs, est dans ce regard de Dieu sans jugement ni condamnation, sans mépris ni répulsion, qu’il porte sur nous, pauvres pécheurs. En nous il ne veut voir que des enfants malheureux qu’il avait perdus et qui sont retrouvés dans l’obéissance et l’amour fou de son Fils unique.

Oublions nos désirs de faire le beau à nos yeux comme à ceux des hommes. Laissons-nous regarder par Dieu, et nous serons sauvés.