Dimanche 28 février 1999 - Deuxième dimanche de Carême Année A

Un parcours est sélectif quand il est assez difficile pour que seuls les plus forts puissent tenir jusqu’au bout

Genèse 12,1-4a - Psaume 32,4-5.18-20.22 - 2 Timothée 1,8b-10 - Matthieu 17,1-9
dimanche 28 février 1999.
 

Un parcours est sélectif quand il est assez difficile pour que seuls les plus forts puissent tenir jusqu’au bout, tandis que les autres sont éliminés progressivement, par défaillance. Pourquoi choisir, ou imposer, un tel parcours ?

La perspective de grandes épreuves à venir peut motiver un entraînement sévère : les vertus et les caractères s’y affirment, chacun cherchant à aller au bout de ses forces pour ne pas flancher, et même pour l’emporter sur les autres.

Mais, d’un autre côté, le développement de l’esprit de rivalité, la dévalorisation des faibles, la prime à la volonté de puissance peuvent sembler de mauvaises tendances au regard de valeurs morales telles que l’humilité, la compassion et la solidarité avec les moins doués, valeurs prônées tout particulièrement par les chrétiens.

Toujours est-il que, dans l’épisode évangélique d’aujourd’hui, Jésus choisit de prendre avec lui Pierre, Jacques, et Jean seulement, pour les emmener à l’écart sur une haute montagne, et leur faire connaître une expérience qu’ils devront garder pour eux-mêmes jusqu’à la résurrection : tout cela est extrêmement sélectif !

La suite ne l’est pas moins : ne vont apparaître aux côtés de Jésus que Moïse et Elie, et encore seulement pour un temps puisque, à la fin, il ne reste "que Jésus seul". Voilà bien, évidemment, la clé de cet épisode.

La vie chrétienne est convocation permanente au combat : celui qui croit pouvoir être fidèle un seul jour sans combattre se trompe dangereusement. Le carême, comme révélation de ce combat et entraînement de ceux qui s’y préparent, ne peut être qu’un parcours sélectif. Si sélectif qu’un seul parvient au but, au sommet de la très haute montagne : Jésus.

Nous sommes tous appelés à aller au bout de nos capacités, et même à être les meilleurs. Pas question de se contenter d’une mesure médiocre ou d’un petit carême de convenance, le maximum est demandé à chacun.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de se mortifier au maximum : les privations et les macérations excessives ne sont que sottise et indiscrétion. Ce qui nous est demandé, c’est d’aller au maximum de notre renoncement à nous-mêmes, de notre purification par l’Esprit qui est Seigneur.

En effet, puisque seul Jésus triomphe, nous ne pouvons triompher qu’en mourant à nous-mêmes tandis que lui grandit en nous. Chacun de nous est convoqué à devenir le meilleur : le Christ.

De même, puisque aucune gloire ne vaut sinon la sienne, celle de sa résurrection, nous sommes invités à désirer celle-là seulement.

Jésus lui-même n’a pas suivi d’autre chemin : il s’est anéanti jusqu’à mourir sur une croix, c’est pourquoi Dieu l’a ressuscité et lui a donné sa gloire.

Ne craignez donc pas de concevoir de grandes ambitions. Les figures assemblées autour de Jésus dans l’épisode de la transfiguration sont de première grandeur : Moïse, Elie, Pierre, Jacques et Jean. Et même, Pierre l’emporte sur les autres, comme l’indique le fait qu’il soit seul à prendre la parole, quelque malvenu que soit son propos. Ne craignez pas de vouloir devenir le plus grand, puisque seul est grand celui qui se reçoit tout entier de Dieu, de ce Dieu qui sera tout en tous au dernier jour.

Si, jetant un regard rétrospectif sur les jours déjà écoulés de votre carême, vous trouvez bien médiocre le chemin parcouru, ressaisissez-vous : celui qui n’est jamais tombé est là pour vous relever, pour vous donner une nouvelle chance. Ecoutons le Fils de Dieu. Nous devons rivaliser de sainteté en visant une même gloire : ainsi, tous, nous ne serons au terme qu’un seul : le Christ.