Nuit de Pâques 3-4 avril 1999 - La Résurrection du Seigneur

Vous savez ce qu’est un totem ?

samedi 3 avril 1999.
 

Vous savez ce qu’est un totem : au cours de certaines initiations traditionnelles, l’impétrant se voit conférer symboliquement un animal dont il est supposé recevoir les vertus caractéristiques.

La tortue, par exemple, est un bon totem. D’un côté, avec sa carapace, elle ne craint rien et, de l’autre, comme elle est dépourvue de moyens offensifs vraiment menaçants, elle ne fait pas peur. Quelle tranquillité à tout point de vue ! Bonne bête lente et sûre, d’un noble train elle va vers sa feuille de salade, et puis elle retourne à son coin d’ombre. On dirait un évêque. Je veux dire, bien sûr, un prélat plein d’onction comme ils étaient, paraît-il, dans l’ancien temps.

Et pourtant, la vérité catholique est tout le contraire de cela. Le Christ Jésus mort et ressuscité : rien n’est plus à la fois vulnérable et blessant et fulgurant. L’espérance de la résurrection des corps, comme un éclair, transfigure toute réalité de chair au monde. La foi en Jésus Fils de Dieu, comme une épée, déchire tous les chiffons fades des croyances molles. L’amour de Jésus, homme livré à la main des hommes comme un condamné nu sous le rire des soldats nous expose à toutes les gifles.

Faut-il en conclure que les vrais témoins de la vérité seront des fous de Dieu se précipitant sur les braves gens obligés de les occire pour éviter d’être pris à la gorge ? Ce serait ignorer que Jésus lui-même fut un maître de sagesse et de paix, convive plein de bienveillance à la table des pécheurs comme à celle des gens bien.

C’est pourquoi la personnalité de Jésus défie toute tentative de le camper comme un "caractère". Ceux qui s’y essayent, fût-ce avec beaucoup de talent, n’écrivent que des sottises.

Christophe et Edouard, vous qui allez recevoir, cette nuit, les sacrements de l’initiation chrétienne, baptême, confirmation et eucharistie, c’est le Christ lui-même que vous allez recevoir. Avec lui, ce qui vous est donné est bien plus que telles ou telles vertus particulières.

Le Christ vous est donné par son Père pour que vous mouriez à vous-mêmes et que lui grandisse en vous, jusqu’à ce que vous puissiez dire : "Ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi."

Par le baptême, Dieu fait naître le Christ en vous, par la confirmation, il vous donne l’Esprit Saint qui vous fait mourir au péché et grandir dans la sainteté du Fils de Dieu, par l’eucharistie il vous établit fermement dans la communion de l’Eglise, corps du Christ.

Vous ne savez pas qui vous êtes tant que n’est pas accomplie votre conformation au Christ. Nous ne savons pas qui nous sommes tant que nous n’avons pas atteint le terme, la pleine stature du Christ en son avènement dernier.

Sachons maintenant accueillir la plénitude de sens et de vie de la Résurrection de Jésus Christ dans la diversité et la complémentarité de toutes les vertus du monde, alors nous vivrons de Dieu lui-même et nous serons pour tous les hommes un bienfait dont ils auront lieu de rendre grâces.