Dimanche 24 février 2008 - Troisième dimanche de Carême Année A - Premier scrutin pour les catéchumènes adultes

Écoutez, vous tous qui portez de grands désirs inassouvis !

Exode17,3-7 - Psaume 94,1-2.6-9 - Romains 5,1-2.5-8 - Jean 4,5-42
dimanche 24 février 2008.
 

Écoutez, vous tous qui portez de grands désirs inassouvis !

Le désir est comme la soif qui peut devenir une brûlure et un tourment. Étanchée elle disparaît dans un plaisir fugitif comme la rosée du matin, et bientôt elle revient.

“Assouvir” fait partie de ces mots qui relèvent de deux origines à la fois : il est une variante d’assoupir influencée par “assévir” qui signifiait atteindre, et donc satisfaire.

Comme celle de la soif, la satisfaction des désirs ordinaires n’est qu’un assoupissement dont bientôt ils se réveillent.

Mais un grand désir se vit autrement. Par exemple, celui d’une femme de trouver un bon mari, un homme qui sera heureux de la rendre heureuse toute sa vie. Un tel désir peut être exaucé plutôt que satisfait.

Pourquoi la Samaritaine a-t-elle eu cinq maris et n’en a plus ? Veuvage, inconstance, trahison, incapacité de les garder, immaturité, un peu de tout cela, qui sait ?

Un grand amour sur la terre ne peut se vivre que si l’on croit à ce qui nous dépasse. Ainsi chacun reçoit en la personne de l’autre, par-delà ses faiblesses, ses fautes et ses misères, ce qui est plus grand que lui. Tandis que l’immaturité se condamne à la déception répétée et à l’insatisfaction sans remède.

Jésus nous apporte plus que cette sagesse humaine, il ne nous en dispense pas. On peut chercher le Christ comme une façon d’échapper à l’imperfection du monde et des êtres : c’est l’illusion de certaines vocations religieuses qui ne peut mener qu’à la catastrophe.

La même illusion peut habiter ceux qui demandent le baptême à l’âge adulte. Faites-y bien attention, chères amies catéchumènes que nous accompagnons aujourd’hui sur le chemin vers Pâques.

Il faut avec humilité et courage accepter les frustrations de l’existence à cause de celui qui a donné sa vie pour nous sur la croix, et accueillir les petits bonheurs avec reconnaissance sans y chercher de satisfaction totale, mais en y voyant un signe du grand bonheur promis, de l’Amour qui nous attend à la fin de l’histoire et déjà nous accompagne sur la route qu’il nous donne à parcourir.

Il dit en effet : « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »

Si nous vivons aujourd’hui de l’Esprit Saint donné dans l’Église à ceux qui croient au Fils de Dieu, nous épousons progressivement toujours mieux le grand désir du Père que tout homme le découvre comme la Source qu’il est appelé à rejoindre avec tous ses frères pour la vie éternelle.

Ce désir peut nous brûler, nous crucifier et nous coûter la vie, mais il est plus profond et plus vrai que tous les désirs du monde, et il sera sûrement exaucé mieux que nous ne pouvons l’imaginer.

Alors nous connaîtrons en plénitude l’Amour, ce mouvement infiniment heureux qui ne connaît aucun tourment et s’établit au-delà de toute “soif” comme de toute satisfaction passagère, car il est la “nature” même de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit.