Dimanche 14 mars 1999 - Quatrième dimanche de Carême A

Pendant que j’y suis, quelqu’un veut-il en profiter ?

1 Samuel 16,1b.6-7.10-13a - Psaume 22,1-6 - Éphésiens 5,8-14 - Jean 9,1-41
dimanche 14 mars 1999.
 

Pendant que j’y suis, quelqu’un veut-il en profiter ? Personne ?

Personne, évidemment, puisque je ne vous ai pas dit de quoi il s’agissait : ma proposition ressemble à une histoire de fous.

Tout le monde connaît "Sainte-Anne", l’hôpital psychiatrique de Paris dont le nom est devenu synonyme de "maison de fous". Les malades mentaux sont souvent parmi les gens les plus malheureux du monde.

Un des habitués remarquables de Sainte-Anne, que nous appellerons Roger, est schizophrène : il souffre d’une sorte de division de l’esprit. En particulier, il dit les choses à l’envers. Par exemple, lorsqu’il dit : "L’aumônier est un chien", ceux qui le connaissent savent bien que cela veut dire : "L’aumônier est très gentil ; pour ne pas l’aimer, il faudrait être un chien."

Cet homme-là allait régulièrement à la messe et communiait, non sans avoir fait, au préalable, trois fois le tour de la chapelle à genoux. Un jour, il y a deux ou trois ans, il a découvert qu’il était d’origine juive. Alors il a pris la kippa et il a demandé le baptême. Il est donc entré en catéchuménat et, après une préparation convenable, il a été baptisé. Depuis, lorsqu’il va communier, il se déplace toujours à genoux, mais sans faire de détours. C’est déjà une simplification.

En outre, et surtout, avant son baptême, au moment du baiser de paix, il refusait la main tendue de ses voisins en disant : "Non, pas à l’avorton !" Or, depuis qu’il est baptisé, il accepte le baiser de paix. Cet homme, maintenant, sait qu’il est né à la Vie. La découverte du Christ transforme la vie d’un homme et la rend meilleure. C’est vrai pour les malades mentaux comme pour les professeurs de philosophie. Dieu accueille les uns comme les autres pour ses fils.

Au milieu de nous aussi se produisent des mouvements heureux. Ainsi en est-il pour les jeunes confirmés de juin dernier : Eric, qui va vous présenter le projet de construction d’une école au Burkina Faso, Nathalie, maintenant engagée dans la catéchèse, et bien d’autres.

Ou encore, moi qui, comme la plupart d’entre nous, ai été baptisé tout petit, j’ai compris aussitôt - allez savoir comment ! - que marcher à la suite de Jésus c’est recevoir la lumière de la vie. C’est pourquoi j’ai voulu être prêtre dès le début. Et, jour après jour, se confirme pour moi la certitude initiale : j’étais aveugle, et maintenant je vois !

Voilà pourquoi j’ai commencé en vous disant : "Tant que j’y suis, voulez-vous en profiter ?" En effet, vous l’avez entendu, "Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde", dit le Seigneur.

Tant qu’il est là, nous devons en profiter. Or, il est là, au milieu de nous, dans la célébration de l’Eucharistie. C’est lui que nous rencontrons et recevons dans tous les sacrements de l’Eglise.

Profitons-en : soyons ardents à recevoir sa grâce au milieu de nos frères, et nous ne serons plus des avortons, des morts nés, sous la domination du Mauvais ennemi de la vie, mais des enfants de lumière, dans l’amour et la joie du Père.