Dimanche 2 mars 2008 - Quatrième dimanche de Carême A - Deuxième scrutin pour les catéchumènes adultes

Voulez-vous que je vous dise comment voter aux élections municipales de dimanche prochain ?

1 Samuel 16,1b.6-7.10-13a - Psaume 22,1-6 - Éphésiens 5,8-14 - Jean 9,1-41
dimanche 2 mars 2008.
 

Voulez-vous que je vous dise comment voter aux élections municipales de dimanche prochain ? À défaut d’une consigne de vote, souhaitez-vous une liste de critères, ou au moins quelques indications et arguments ?

En bonne démocratie, il convient de se préparer au scrutin en réfléchissant avec d’autres dans une saine discussion : évoquer les faits, s’appliquer à les interpréter correctement, dégager des critères en vue bien commun, enfin se décider pour un candidat comme le meilleur choix possible, ou le moins mauvais. C’est le principe du vote : on choisit une liste parmi celles en présence et l’on écarte les autres.

Mais en réalité, la plupart d’entre nous ont d’avance une idée bien arrêtée pour des raisons qu’ils ne veulent pas toujours dévoiler. Forcément la discussion s’en ressent : au lieu que l’échange d’arguments serve à éclairer les participants, chacun tire la réalité dans son sens, quitte parfois à interpréter les faits de manière surréaliste, voire à les nier tout uniment.

La première lecture nous raconte l’histoire d’une élection : celle que Dieu fait d’un berger pour son peuple Israël. Il rejette Saül, il écarte Éliab et ses frères pour désigner David. Ce choix n’est pas arbitraire. Simplement, il n’est pas à la manière des hommes qui « regardent l’apparence », car Dieu « regarde le cœur ». Or, vous le savez, le critère décisif pour le Seigneur est l’attachement du cœur. Mais il ne va pas pour autant imposer son élu aux tribus sans autre forme de procès. Au contraire, ce n’est qu’au terme d’une longue histoire de luttes et de discussions que les chefs d’Israël décideront de recevoir David pour roi.

Ainsi David annonçait le Christ Jésus. Dieu déclare dès le commencement : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai toute satisfaction, écoutez-le. » Mais ce n’est qu’au terme d’un long processus de luttes et de controverses que le peuple va accepter de recevoir “l’Envoyé”, et encore seulement une partie du peuple. L’épisode évangélique de l’aveugle-né guéri à la piscine de Siloé dit ce “procès” qui conduit à une division en Israël et qui ressemble à un débat démocratique pré-électoral : discussion autour des faits et détermination progressive des uns et des autres jusqu’à l’option tranchée et définitive. Les faits, certains les nient tout uniment : « Ce n’était pas lui du tout », disaient des gens au début ; puis plus tard les Juifs, selon l’évangéliste, « ne voulaient pas croire qu’il avait été aveugle ».

L’aveugle guéri représente donc la partie du peuple qui accueille finalement l’Envoyé, à l’inverse du groupe appelé alternativement “Les Pharisiens“ et “Les Juifs”. Or, l’aveugle-né, c’est le mendiant, le disqualifié socialement et religieusement, le pauvre type qui ne peut ignorer qu’il est “tout entier plongé dans le péché depuis sa naissance”. Tandis que les Pharisiens sont riches, pieux et savants. Cette répartition des rôles n’est pas un hasard. Il importe aussi de remarquer comment, au fil de la discussion, l’aveugle guéri progresse rapidement tandis que ses contradicteurs régressent. Ainsi, l’argument : « Jamais on n’a entendu dire qu’un homme ait ouvert les yeux d’un aveugle-né » peut nous laisser perplexes et dubitatifs. Pourtant il est parfaitement valable du point de vue rabbinique qui postule que « ce qui n’est pas dans l’Écriture n’existe pas ». Or, de la Genèse à l’Évangile, il n’est en effet pas d’autre guérison d’aveugle-né. L’aveugle guéri est devenu très affûté tandis que les Juifs s’enfoncent dans l’erreur au point qu’il faut leur rappeler le principe élémentaire que « comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs ».

Il s’agit en effet ici de péché. Celui de Satan, de “Lucifer”, est bien connu : il fut de se préférer là Dieu, de se complaire en lui-même au point de prétendre se passer du Seigneur et de s’élever contre lui. Voilà pourquoi nul ne peut en être libéré sans “renoncer à lui-même” à la suite du Christ qui s’est “abandonné lui-même” et anéanti jusqu’à la croix par amour pour nous, lui qui était saint et sans péché depuis toujours. Il n’est pas étonnant que le “pauvre-type” puisse plus aisément se reconnaître misérable et pécheur à la lumière de l’amour de Dieu, tandis que les riches “justes” préférent se draper orgueilleusement dans leur prétendue justice plutôt que de s’incliner et de se mettre au rang des pauvres que Jésus dit bienheureux.

Chères catéchumènes, en ce jour de votre deuxième “scrutin”, dans un instant je vais vous demander de vous agenouiller devant Dieu qui « regarde le cœur ». Laissez-vous convaincre de péché par le regard miséricordieux du Seigneur afin que par la puissance de l’Esprit Saint vous soyez éveillées rapidement à la foi et à l’intelligence de l’Évangile, comme l’aveugle-né guéri par le Christ. Et que tous ici vous accompagnent dans ce mouvement.

Vous avez entendu l’Apôtre nous parler de ce qui se fait en cachette de honteux et qu’il faut démasquer en sorte que tout ce qui apparaît ainsi devienne lumière. Comment nos turpitudes de toute espèce, et aussi celles qui consistent à mal exercer notre devoir électoral en cédant à des passions diverses plutôt qu’en s’efforçant de discerner objectivement le bien commun, pourraient-elles devenir lumière ? À dire vrai, c’est plutôt le pécheur qui devient lumière lorsqu’il accepte de se laisser démasquer par celui qui a le pouvoir de pardonner et de guérir. C’est ainsi qu’on peut lui chanter à son baptême : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. » Alors il est comblé de l’Esprit Saint et il peut chanter le Psaume de notre Père David : « Le Seigneur est mon berger, grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie. »

Allons, frères décidons maintenant de rejeter Satan et de renoncer à nous-mêmes pour choisir ensemble de nous attacher de tout notre cœur au Seigneur pour la vie éternelle.