Dimanche 21 mars 1999 - Cinquième dimanche de Carême A

"La porte !"

Ézéchiel 37,12-14 - Psaume 129,1-8 - Romains 8,8-11 - Jean 11,1-45
lundi 3 mars 2008.
 

"La porte !" Cette exclamation signifie en général : "Fermez donc, il y a des courants d’air !" Mais cela peut être tout le contraire.

Ainsi, vendredi dernier, je rentrais du Salon du livre, le bus était bondé. A un moment, il stoppe un peu avant son arrêt. Un jeune homme demande : "la porte !" Bien sûr, elle ne s’ouvre pas. Alors, à la stupéfaction générale, il répète sa requête, mais dans un cri déchirant, avec des accents de désespoir et de menace.

Le conducteur, pensant sans doute que le jeune homme risquait de faire un malheur, a sagement pris le parti d’ouvrir.

De même, je crois que Lazare a bien fait de sortir, quand Jésus lui a crié "avec une voix énorme", dit littéralement le grec : "Sors dehors !"

On vous a sûrement appris qu’il ne faut pas faire de pléonasmes comme "descendre en bas" ou "monter en haut". Pour que Jésus, qui est bien élevé, dise : "Sors dehors", il faut qu’il soit troublé.

En effet, l’évangile le dit par deux fois, le Seigneur est sous le coup d’une profonde émotion. En grec, le mot évoque à la fois la détresse et la colère. Pourquoi ?

Nous pensons, comme les assistants, que Jésus est simplement désolé de la mort de son ami Lazare. Mais, alors, pourquoi n’y a-t-il pas pensé plus tôt ? Pourquoi a-t-il attendu pour venir ? Et si c’était le contraire de ce qu’on croit ?

Voyons à quel moment il est bouleversé. Quand Marthe lui dit : "Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort", elle ajoute aussitôt : "Mais maintenant encore, je sais que ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera." Et Jésus n’est pas bouleversé.

Marie dit aussi : "Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort". Mais elle n’ajoute rien, elle pleure seulement. Et Jésus est bouleversé.

Les Juifs, que représentent Marie et Lazare, sont censés croire, comme Marthe, à la résurrection finale. Mais s’ils ne croient pas maintenant, croiront-ils à la fin ? Faudra-t-il leur dire un jour : "Vous auriez dû y penser plus tôt." ?

Comprenez bien : il s’agit de notre foi en la résurrection. Croyons-nous vraiment à la résurrection au dernier jour ? Nous sommes inquiets, nous nous disons : "Le dernier jour ne nous intéresse pas, c’est maintenant qu’il faut qu’on nous console !" Et c’est maintenant que nous sommes désespérés.

Jésus, lui, est bouleversé parce qu’il se dit : S’ils ne croient pas maintenant, croiront-ils au dernier jour ?

Comprenez : sans la foi, cette vie est comme un tombeau bondé, irrespirable, où règne l’odeur pestilentielle du péché et de la corruption. Et le plus terrible est que nous ne sentions rien ! Nous devrions étouffer, et chercher ardemment la porte. Alors le Seigneur Jésus étouffe pour nous, et il aspire, de toute l’angoisse de son humanité, à notre délivrance. Il nous crie avec force : "Sortez du tombeau, prenez la porte de la foi !" Bien sûr, quand nous sortons du tombeau, nous sommes d’abord toujours ligotés par nos habitudes mauvaises et aveuglés par nos ignorances et nos mensonges coutumiers : Lazare sort "les pieds et les mains attachés et le visage recouvert d’un voile."

Mais, à ses serviteurs dans l’Eglise, le Seigneur commande : "Déliez-le et laissez-le aller !" Et, peu à peu, nous apprenons à marcher et à voir dans la lumière de la foi parfaite. C’est pourquoi, si nous espérons la résurrection finale, c’est maintenant qu’il nous faut croire et vivre en ressuscités.

Depuis que la pierre fut roulée au tombeau du Seigneur, elle nous est ouverte, la porte de la foi, la porte de la Vie. Prenons-la aujourd’hui, prenons la porte de la croix.