Dimanche 9 mars 2008 - Cinquième dimanche de Carême A - 3e Scrutin des catéchumènes adultes

À quoi ça sert de voter ?

Ézéchiel 37,12-14 - Psaume 129,1-8 - Romains 8,8-11 - Jean 11,1-45
dimanche 9 mars 2008.
 

« À quoi ça sert ? » : question de simple curiosité ou manière de suggérer que cela ne sert à rien ?

À quoi ça sert de voter ? À quoi ça sert de se battre ? À quoi ça sert de discuter ? À quoi ça sert de souffrir ? À quoi ça sert de vivre ? À quoi ça sert de mourir ?

À quoi sert la foi ? À cette question qui naguère fut à la mode il était assez chic de répondre : À rien ! Un plus de rien du tout, voilà ce que représentait la foi, et tous s’en disaient fort contents.

Et Jésus serait mort pour ce rien ! En fait, il a souffert et il est mort, il a vécu de grand cœur jusqu’à mort et passion, pour nous donner la vie. Rien que cela.

Or, pour nous donner la vie, il devait nous arracher à la mort. Le pire de la mort, le péché, c’est la “non-foi”, l’incroyance du diable qui ne consiste pas en l’ignorance de l’existence de Dieu (il ne la connaît que trop bien !) mais en ce défi de l’orgueil qui se dresse face à lui.

Vous avez entendu que Jésus était « bouleversé d’une émotion profonde » : cette traduction prude et alambiquée cache malheureusement le sens du texte grec qui est la grande colère du Fils de Dieu, colère évidemment tournée contre le Mauvais.

À la simple écoute de l’évangile, vous avez l’impression que Marthe manifeste une foi ferme tandis que Marie suit mollement. Au contraire, à bien scruter le texte on voit que Marthe reste fermée dans ses certitudes trop courtes au lieu d’écouter ce que lui dit le Maître, tandis que Marie se lève à sa voix et se rend disponible à sa parole.

Mais voilà que Marie se met à « pleurer avec les Juifs », autrement dit à rejoindre le camp de ceux qui n’ont pas vraiment d’espérance en celui se révèle être la résurrection et la vie. Ils “pleurent” (klaiô en grec) c’est-à-dire qu’ils manifestent bruyamment leur deuil selon les convenances sociales. Jésus, lui, “pleure” (dakruô), c’est-à-dire qu’il verse des larmes. De même que sa colère portait contre le démon qui, s’il était possible, ferait tomber même Marie dans la non-foi, de même ses larmes sont de douleur et de compassion pour les hommes détournés de la foi et de la vie par l’ennemi.

Le verbe grec dakruô n’est employé qu’ici dans tout le Nouveau Testament, mais le mot dakru, larme, se retrouve dans l’épître aux Hébreux lorsque l’auteur évoque le moment où « Pendant les jours de sa vie mortelle, il a présenté avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort ». Les larmes du Christ, dans sa passion et sur sa croix, sont la fontaine de grâce où nous trouvons le pardon et le salut : l’eau de la nouvelle naissance qui nous lave du péché, et l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie, répandu en abondance sur ceux qui croient en lui.

Voilà ce à quoi vous aspirez, chères amies qui vous préparez au baptême, et non pas à une quelconque protection contre les vicissitudes de l’existence. Vous entrerez bientôt dans la plénitude de la vie chrétienne, vie de prière ancrée dans la messe de chaque dimanche, l’Eucharistie dominicale où nous est donné le pain des forts. Au début de notre évangile, vous avez entendu cinq fois le mot malade ou maladie au sujet de Lazare, mais en grec il est question littéralement d’asthénie, de non-force. La non-foi instille la mort partout au monde, jusque dans la vie en pleine force. Le péché est la maladie mortelle qui nous ronge et pourrit la vie. Le bain du baptême est l’unique remède qui puisse nous sauver.

Je vous ai dit que les larmes de la compassion du Christ sont la source de cette eau qui sauve. Mais il n’est pas lui-même seul la source. Le Père est la Source qui donne au Fils de l’être pour nous. Vous avez entendu à la fin : « Père je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours... » Mais en grec, c’est “écouter” et non exaucer. Dieu écoute toujours, non seulement son Fils qui l’écoute toujours, mais tout homme en tous les instants de sa vie, alors même qu’il n’écoute pas Dieu. Il s’agit donc de devenir les brebis du Christ qui connaissent sa voix et qui l’écoutent, il s’agit d’entrer dans le dialogue ininterrompu du Père et du Fils, il s’agit de prier sans cesse.

Écoutez sa voix, mes amies qui aspirez au baptême ! À sa voix nous sortons de tous les tombeaux de la vie malade du péché. Écoutez-le de tout votre cœur, de toute votre intelligence et de toute votre force. Alors mourir vous servira à renoncer à vous-même pour le recevoir et vivre à rendre gloire à son Père, souffrir vous associera aux souffrances rédemptrices du Fils, discuter ne sera plus une vaine joute mais la droite recherche de la vérité qui rend libre, vous ne vous battrez plus pour rien aux prises avec les difficultés de la vie et les passions qui vous égarent, mais vous combattrez le beau combat avec le Christ vainqueur de la mort.

“Votez” donc pour Jésus qui vous appelle à sortir de la mort, chères amies, répondez à sa voix de tout votre cœur pour renoncer au mal en accueillant l’Esprit sanctificateur, alors vous vivrez vraiment tout le temps et pour l’éternité.