Éditorial du dimanche 16 mars 2008 - Dimanche des Rameaux et de la Passion Année A

QUAND DIEU SE MANIFESTE DANS L’ECHEC

Matthieu 21,1-11 - Isaïe 50,4-7 - Psaume 21,8-9.17-20.22-24 - Philippiens 2,6-11 - Matthieu 26,14 à 27,66
dimanche 16 mars 2008.
 

« On peut connaître [Jésus] et comprendre le mystère de l’échec humain, les blessures humaines, la fragilité humaine, la honte ; découvrir que Dieu se manifeste dans tout cela et peut se manifester de plus en plus à travers l’angoisse, l’échec. » Cette réflexion est de Jean Vanier après quarante-deux ans de partage, à l’Arche, de la vie d’hommes et de femmes qui ont beaucoup souffert et parfois perdu le goût de la vie. Au fil de l’histoire, l’ont rejoint dans cette œuvre qu’il a fondée une multitude de personnes touchées au cœur par l’expérience de la compassion avec les blessés de la vie, et beaucoup de ceux qui ont été accueillis et aidés sont devenus des aides pour d’autres parfois encore plus blessés qu’eux-mêmes.

Notre société tolère de moins en moins l’échec manifeste. Elle veut supprimer les enfants handicapés avant leur naissance, éliminer les vieux avant leur déchéance, enfermer indéfiniment les criminels ou bien les déclarer innocents et victimes, et faire disparaître les pauvres. La vie semble ne valoir d’être vécue que dans l’aisance matérielle et la réussite sociale, et l’on fait mine de penser que tout le monde pourrait y arriver : les ratés seraient coupables de l’être, ou bien ce serait sûrement la faute de structures injustes et des oppresseurs qui les maintiennent et en profitent. En tout cas, l’existence des êtres en grand échec s’évalue comme une anomalie à laquelle il s’agit de trouver une solution par le vide.

L’Évangile n’est pas un tel programme. Jésus nous a prévenu que les pauvres seraient toujours avec nous, « et quand vous voudrez, vous pourrez les aider », ajoute-t-il. Bien plus, il nous apprend à nous découvrir tous comme des pauvres devant Dieu et nos frères, et même de pauvres pécheurs. Certes, les hommes doivent s’efforcer de produire les biens nécessaires à l’existence de tous, de combattre efficacement la maladie et la souffrance, de développer ce qui rend la vie belle et bonne à chacun. Mais il ne faut pas attendre des progrès réels accomplis ou qui s’accompliront la suppression du malheur : sans la solidarité la plus profonde et la plus authentique de ceux qui vont bien avec ceux qui vont mal, rien ne sera digne de notre humanité et vraiment efficace pour en soulager les misères.

En témoigne aujourd’hui l’évangile selon saint Matthieu. Comme Jésus entrait à Jérusalem, l’agitation gagna toute la ville ; on se demandait : « Qui est cet homme ? » Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. » Mais après la mort de Jésus : À la vue de tous ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande frayeur et disaient : « Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu ! » Les souffrances et le supplice infligés à celui que les foules ont acclamé comme chef d’Israël devaient le disqualifier à leurs yeux, le réduire à l’état de misérable imposteur châtié justement pour sa prétention. Et voilà que son échec manifeste resplendit comme la révélation de sa divinité. Dieu a sauvé notre pauvre humanité en épousant sa misère, ce n’est pas autrement que nous pourrons nous associer à son œuvre.