Dimanche 16 mars 2008 - Dimanche des Rameaux et de la Passion Année A

Partager la mort pour partager la Vie

Évangile des Rameaux : Matthieu 21,1-11 - Isaïe 50,4-7 - Psaume 21,8-9.17-20.22-24 - Philippiens 2,6-11 - Matthieu 26,14 à 27,66
dimanche 16 mars 2008.
 

Que partageons-nous, nous qui sommes rassemblés ici ce matin : la convoitise de rameaux bénits, le goût des cérémonies religieuses, un passé commun, “les mêmes valeurs” comme on dit machinalement aujourd’hui, ou autre chose ? En tout cas, un homme : ce Jésus qui est entré à Jérusalem un jour de l’an 30 ou 33, et qui fit grand bruit à son arrivée. Déjà alors les uns et les autres ne disaient pas la même chose de lui : ses partisans l’acclamaient comme roi fils de David, tandis que les habitants de la Ville voyaient en lui “le prophète Jésus de Nazareth en Galilée”, ce qui ne signifiait pas nécessairement une grande considération. Chez les uns comme chez les autres, les idées préconçues l’emportaient sur la disponibilité à voir Jésus tel que lui-même se donnait à connaître. De même, nous ne portons pas tous le même regard sur lui. Laissons-nous pourtant unir les uns et les autres dans une même procession par le chant et la joie à la suite de celui que l’Église reconnaît comme son Seigneur, son Sauveur et son Époux.

Après la lecture de la Passion

Partager la mort.

Partager la mort pour partager la vie. C’est la vocation chrétienne, signifiée par l’écoute de la Passion du Seigneur, depuis l’origine. Les premiers chrétiens n’avaient pas d’autre récit évangélique continu que celui de la Passion.

Aujourd’hui nous écoutons la Passion. Mais que ferons-nous demain, et les autres jours de cette grande semaine, et toute l’année qui vient jusqu’à la prochaine ? Qui réalise la vocation chrétienne dans la décision de son existence ? Certains le font.

Par exemple, Mère Teresa qui, avec la publication de ses lettres, se retrouve ces temps-ci à l’ordre du jour des médias. À ce propos, je vous en prie, ne vous joignez pas à ceux qui n’y connaissent rien et parlent de ses doutes. Mère Teresa n’a pas eu de doutes, au contraire : elle a partagé la nuit du Seigneur, l’angoisse et l’obscurité de sa prière à Gethsémani qui prélude à sa Passion, comme vous venez de l’entendre. Elle a ainsi connu la foi pure, celle qui se réduit à sa plus simple expression qui est aussi sa perfection : la confiance inconditionnelle en Dieu, en son amour et en la bonté infinie de sa volonté pour toutes ses créatures. Sa vocation fut d’accompagner l’agonie de ceux qui mouraient dans la maladie, la souffrance, le dénuement et l’abandon de tous. C’est ainsi qu’elle a partagé la mort du Christ offerte pour le salut de tous, et d’abord des plus pauvres des pauvres. C’est ainsi qu’elle a vécu et annoncé la Vie triomphante à travers tous les échecs du monde.

Son action était incompréhensible aux yeux des hommes, et elle le reste. Pourtant, ce fut comme une secousse irrésistible qui s’est propagée sur tout le continent indien, et même sur la terre entière : des païens de toute espèce, agnostiques ou croyants d’autres religions, ont été saisis et émerveillés, ils ont ressenti que cette femme et son mouvement venaient de Dieu. “Secousse”, c’est le sens littéral du mot grec traduit par tremblement de terre dans l’évangile que nous venons d’entendre. Le centurion et les gardes, « à la vue du tremblement de terre et de tous ces événements », dirent : « Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu ! » La puissance de salut de l’amour de Dieu réalisée dans le sacrifice du Fils se manifeste au moment même de son échec suprême selon le monde, la mort en croix. Elle se manifeste de même dans l’action de ses disciples qui partagent comme lui la vie de ceux qui sont comme morts, pour avoir part à sa vie plus forte que la mort.

Mère Teresa n’est pas la seule. J’aurais pu parler de Jean Vanier, que j’évoque dans mon éditorial, et de son amour actif pour les personnes profondément blessées dans leur corps ou leur esprit et que le monde rejette. Eux et d’autres ont été rejoints par de très nombreux disciples attirés par la lumière surnaturelle qui brillait en eux et dans leurs œuvres.

Frères, nous n’avons pas tous cette vocation extrême. Mais nous pouvons tomber à genoux devant le crucifié et lui faire l’hommage de notre foi : ne voyons pas en lui simplement “un prophète”, un homme remarquable, un libérateur à la manière du monde, un philosophe ou un sage, mais confessons le Fils de Dieu venu dans la chair pour nous sauver du péché et de la mort. C’est ainsi que nous sera donnée la vie en abondance.